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Genève maintient l’alerte sur la pollution de l’air

  Mardi 2 Juillet, 2019

Le taux d’ozone est toujours trop haut en Suisse romande. Les Verts et des personnes âgées déplorent l’insuffisance des mesures prises par le Conseil d’État

Malgré l’orage et la pluie de dimanche soir, la pollution de l’air à Genève reste inquiétante. Notamment en ce qui concerne le taux d’ozone, un gaz qui se forme sous l’action de la lumière du soleil en présence de polluants (CO2 et dioxyde d’azote). «Les niveaux ont un peu baissé, mais pas encore suffisamment pour que l’on puisse lever l’alerte», indique Philippe Royer, directeur du Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (Sabra).
«Nous nous coordonnons avec le reste de la Suisse romande. Il faut trois lieux où l’on mesure un taux d’ozone supérieur à 180 microgrammes d’ozone par mètre cube pour déclencher l’alerte, et que tous les trois lieux soient à nouveau sous ce taux. En ce moment, même si Genève se situe actuellement en dessous, le canton de Vaud dépasse encore cette limite.»

«Mesures insuffisantes»

L’alerte pollution ne consiste pourtant qu’en une recommandation basée sur la bonne volonté des citoyens: il était conseillé de rouler à 80 km/h sur l’autoroute de contournement et d’utiliser les transports publics, les TPG abaissant leurs tarifs. Mais aucune mesure contraignante n’a été prise.
Pour les Verts genevois, ces mises en garde sont insuffisantes. Dans un communiqué, le Parti écologiste préconise «une circulation alternée, la fermeture de certains axes au trafic individuel motorisé, la limitation massive de la climatisation en particulier dans les véhicules motorisés».

«Ça brûle dans la gorge»

La légèreté des mesures pour limiter la pollution de l’air fait également tousser Marie, 70 ans, habitante du quartier de Malagnou. La retraitée consulte régulièrement son médecin pour des dyspnées – difficultés respiratoires – qui s’aggravent lors des pics de pollution. «Ça brûle dans la gorge et je ne peux plus respirer. Les bouchons de voitures le matin puis à 16 h 30 entre l’avenue Krieg et l’avenue de Malagnou dégagent une fumée bleue vraiment irritante.»
Elle en veut au Conseil d’État de n’avoir pas anticipé la situation par des limitations du trafic «comme à Paris», qui a interdit l’accès à la ville et son agglomération aux véhicules les plus polluants depuis le 1er juillet.
Une autre habitante du quartier, Renée, 87 ans, non-fumeuse comme Marie, voit aussi sa santé affectée par la pollution. «Depuis quarante ans, je perds ma voix lors des grandes chaleurs de l’été, et je parle comme une vendeuse de journaux. J’ai fait des batteries d’examens médicaux, on a soupçonné un cancer des cordes vocales, mais rien. Pourtant, à chaque fois qu’il pleut, je constate que ma voix revient, et qu’en hiver, je n’ai pas de problème. J’ai compris que c’était lié à l’ozone dans l’air.»

Pire à la campagne

La situation ne s’améliore pas au fil des ans, comme le montre le graphique ci-contre. Les points de mesure répartis dans le canton montrent une augmentation, légère mais constante, des concentrations moyennes d’ozone ces vingt dernières années.
Chose apparemment étonnante: le milieu rural et la périphérie sont davantage touchés que le centre-ville. «Car d’autres polluants – comme le monoxyde d’azote – attaquent l’ozone en milieu urbain et font baisser son taux», explique Philippe Royer. Le jogging en fin de journée est donc «fortement déconseillé pendant les pics de pollution, particulièrement à la campagne, qui hérite du nuage de pollution de la ville». Le bord du lac au matin est donc à préférer.
À noter encore que les valeurs limites fixées par la Confédération sont dépassées de manière chronique. Selon l’ordonnance sur la protection de l’air, la valeur de 120 microgrammes par mètre cube ne devrait être dépassée, en moyenne horaire, qu’une seule fois par année. Or, ces seuils ont été franchis durant 160 heures au centre-ville en 2018. Pire: dans la périphérie et à la campagne, ce fut le cas près de 400 fois, ce qui correspond à environ 80 journées. L’année 2018 a été l’une des pires avec 2003 et 2015, qui ont toutes connu de fortes canicules. Qu’en sera-t-il de 2019?

Marianne Grosjean, Christian Bernet

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