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Primes 2020: oseront-ils? (Edito de La Lettre de l’AMGe de juillet-août 2019)

Santésuisse sous tension

A l’heure d’écrire ces lignes, on apprend de la faîtière des assureurs Santésuisse que les dépenses supplémentaires pourraient dépasser 10 milliards de francs par année et que les primes d’assurance-maladie augmenteraient de 30% selon leurs calculs…  Totalement infondé. C’est la panique!

Cette annonce intervient juste après le dépôt auprès du Conseil fédéral du nouveau tarif médical TARDOC, conjointement par la FMH et l’autre faîtière des assurances Curafutura. Le tarif, issu de longues séances de travail de la part des représentants de toutes les sociétés de disciplines et organisations médicales et de négociations serrées entre Curafutura et la FMH, s’est donc construit sans Santésuisse ni H+, la faîtière des hôpitaux, qui ont décliné l’invitation qui leur a été faite de participer à cette réflexion pourtant fondamentale pour notre système de santé. Santésuisse essaie dès lors d’agiter tous les épouvantails possibles et de désinformer la population.

Des coûts de la santé stables en 2018

En Suisse ainsi qu’à Genève, les coûts de la santé ont été stables en 2018 (+0.2%, chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), relevé MOKKE), ce qu’a publiquement reconnu le Conseiller fédéral Alain Berset. Comme chaque année suite à une annonce alarmiste de Comparis sur les futures primes d’assurance-maladie qui seront connues à la fin de l’été, Santésuisse, par la voix de sa présidente Mme Verena Nold, a articulé une hausse de 3 %. C’est stable, mais pour la faîtière il faut obligatoirement une hausse.

Une mauvaise bourse en 2018

Depuis vingt ans, les hausses successives des primes d’assurance-maladie ont suivi les variations de la bourse avec un léger décalage. Cette concordance, confirmée par le directeur de l’OFSP M. Strupler, est stupéfiante. On peut donc imaginer que les assureurs cherchent désespérément à se refaire d’une bourse mauvaise en 2018 en articulant une hausse injustifiée des primes cet automne. Les réserves, hautes de plusieurs milliards et en constante augmentation, appartiennent aux citoyens et ne doivent pas être jouées à la bourse. Il serait intéressant de connaître le détail du portefeuille des assureurs et savoir en toute transparence exactement où l’argent des assurés est placé.

De la transparence

Tous les acteurs doivent contribuer à plus de transparence. Les médecins en participant aux récoltes de données MAS de l’Office fédéral de la statistique et également aux données ROKO (via la Caisse des médecins) contribuent à une transparence améliorée. A l’inverse, comment comprendre les propos d’Alain Berset sur les ondes de la RTS qui confirme que l’OFSP n’a pas toutes les données des assureurs pour fixer les primes! Scandaleux, sachant les difficultés des citoyens à payer chaque mois des primes conséquentes.

Oseront-ils?

La question est claire: l’OFSP qui doit fixer les primes osera-t-il s’orienter vers une hausse des primes d’assurance-maladie cet automne alors que la stabilité des coûts est confirmée par le Conseil fédéral? Va-t-il céder à la pression infondée et alarmiste de Santésuisse qui, au lieu de contribuer de manière constructive et durable à un véritable partenariat tourné vers l’avenir, n’a de cesse d’alarmer les citoyens? S’il devait y avoir une hausse des primes, il faudrait alors un immense élan populaire pour dénoncer ce scandale et exprimer son ras-le-bol d’un système à bout de souffle.

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe