< | >

La cryothérapie cartonne en Suisse

  Dimanche 28 juillet 2019

En deux ans, les cryosaunas se sont multipliés en Suisse romande. Effet anti-inflammatoire, sensation de bien-être, meilleure qualité de la peau, moins de courbatures… les vertus des traitements par froid extrême sont vastes.

Il y a un peu moins d’un mois, en pleine canicule, Stéphane Rolle et son équipe suaient pour installer un cryosauna dans le centre de réathlétisation ReActYv8, à Chavornay (VD). Fondateur de la société Hibernatus, l’entrepreneur romand était alors satisfait d’ouvrir son onzième centre de cryothérapie, cela d’autant plus que le douzième est tout près de voir le jour à Lausanne. «D’autres installations sont déjà planifiées», assure le patron, dont les ambitions sont à la hauteur de la popularité croissante de ces traitements en Suisse.
Depuis quelques années, ils sont en effet de plus en plus nombreux à tenter l’expérience. Et quelle expérience! Imaginez votre corps confronté jusqu’à trois minutes à des températures pouvant aller de moins 110 à moins 190 degrés selon le protocole utilisé. Jérôme Bruchard, patron des quatre centres exploités sous la marque Swiss Cryotherapy (dont un en France), raconte en avoir établi plusieurs en fonction des besoins de ses clients. «La température, la durée d’exposition ou le nombre de séances nécessaires font partie des quelques paramètres variant d’un protocole à l’autre. J’en ai élaboré un pour chaque pathologie», explique-t-il, en précisant qu’un passage en cryosauna peut, certes, soulager des douleurs liées à une maladie, mais il ne permettra jamais d’en guérir.
Si les paramètres doivent être adaptés au client, le principe de base reste le même pour tous. Stéphane Rolle explique que le choc thermique a pour but de mettre le corps en situation de stress extrême. «En gros, il va lui fait croire qu’il est en danger de grave hypothermie et donc de mort imminente.» En réaction, le cerveau crée non seulement certaines hormones de bien-être (endorphines ou sérotonine), mais ralentit aussi la transmission du sang par une contraction des vaisseaux afin de concentrer ses efforts sur la survie des organes vitaux. «Une fois la séance terminée, le corps se réchauffe, la circulation sanguine se réactive normalement, ce qui permet une meilleure oxygénation du sang», termine le patron d’Hibernatus.

Vastes vertus pour la santé

À partir de là, les vertus de la cryothérapie semblent sans limite et dépassent de loin la seule récupération physique pour sportifs (à l’origine du phénomène). Effet anti­-inflammatoire, sensation de bien-être, meilleure qualité de la peau, moins de courbatures, perte de quelques calories… la liste est longue. Elle contribue à une forte diversification de la clientèle et, selon Stéphane Rolle, permet à une cabine d’être rentable dès 5000 à 10 000 habitants sur un rayon de quinze minutes en voiture. «Le panel de clients potentiels est énorme, la cryothérapie pouvant être utilisée par des gens âgés d’environ 14 à 80 ans selon leur corpulence», explique-t-il.
Attention toutefois: plusieurs contre-indications d’ordre médical existent et sont prises très au sérieux par les acteurs de la branche en Suisse. «Nous faisons remplir un questionnaire santé de trois pages à chaque nouveau client. Au moindre doute, je préfère repousser une séance dans l’attente d’un certificat médical», assure Jérôme Bruchard. À cela s’ajoutent quelques précautions à prendre lors d’une séance, dont celle de ne jamais entrer dans une cabine sans supervision.

Explosion de la demande

Comme Hibernatus, le patron de Swiss Cryotherapy voit grand pour les mois à venir: «Comparée à la France, où j’ai arrêté de comptabiliser les centres au 455e, la Suisse a du retard. Ainsi, la demande s’accélère. Chaque jour, nous accueillons de nouveaux clients.» En plus de ses propres lieux d’accueil – le prochain ouvrira à Plan-les-Ouates (GE) fin 2019 –, Jérôme Bruchard a développé un système de franchise. L’avantage de ce modèle est de pouvoir être plus réactif dans la course entamée pour conquérir le marché suisse.
Grâce à l’intérêt d’importants investisseurs pour ce créneau, le fondateur de Swiss Cryotherapy évoque de nouvelles occasions tant en Suisse qu’à l’international. «Pour y parvenir, en plus de nos protocoles maison, nous cherchons à développer nos propres cryosaunas, afin de pouvoir commercialiser une solution 100% made in Switzerland.»

«En termes de balance risques-bénéfices pour la santé, c’est encourageant»

Avec la multiplication des centres de cryothérapie en Suisse romande, des questions se posent sur le plan médical. À en croire les acteurs de la branche, les vertus de ces thérapies par froid extrême sont nombreuses, mais sont-elles toutes corroborées? Mathieu Saubade, médecin-chef au Centre de médecine du sport du CHUV, établit un bref état des lieux.

Quel est l’avis du corps médical sur la cryothérapie?

Comme la presse, nous constatons l’intérêt croissant de la population suisse pour ce type  de traitement. Premier point  essentiel, il faut rappeler que  la cryothérapie est un adjuvant et qu’elle ne remplacera jamais des soins classiques, à l’exemple d’une prise en charge médicamenteuse.

S’agit-il toutefois d’un adjuvant efficace?

En termes de balance risques-bénéfices pour la santé, ces thérapies sont encourageantes. Elles présentent par exemple moins d’effets secondaires que d’autres traitements. Il faut cependant rester prudent, car la littérature médicale sur ce domaine est encore très limitée. Les recherches devront encore être affinées.

Quelles sont les précautions d’usage à adopter?

Il faut être prudent lorsqu’on souhaite suivre un tel traitement, car il y a des contre-indications. Il est important de se renseigner sur les risques et en parler à son médecin. Si l’offre continue de se développer, à mon avis elle nécessitera la mise en place d’un vrai cadrage en partie médical.

Olivier Wurlod

< Retour à la liste