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Les hôpitaux s’unissent pour lutter contre le cancer

  Lundi 29 Juillet, 2019

Traitements innovants. Ils veulent créer une plateforme et développer leurs thérapies. Les prix seraient moins élevés que ceux des pharmas.

Les hôpitaux universitaires suisses veulent s’unir pour mieux lutter contre le cancer et développer leurs propres thérapies cellulaires. La «NZZ am Sonntag» révèle qu’ils sont en train de créer une plateforme commune, sous la direction du Groupe suisse de recherche clinique sur le cancer (SAKK). Avec un double espoir: offrir des traitements à des malades qui n’en ont pas aujourd’hui, et le faire à des prix moins élevés que ceux des entreprises pharmaceutiques.
Ils s’appellent Kymriah et Yescarta. Ces traitements développés par des groupes pharmaceutiques ont beaucoup fait parler d’eux en raison de leur coût: 370’000 francs pour le Kymriah. Ils sont aussi porteurs d’espoir, puisqu’ils permettent de guérir des patients dans une situation désespérée et souffrant de cancers du sang (notamment la leucémie aiguë et les lymphomes à cellules B). Tous deux ont en commun d’utiliser les cellules immunitaires du malade, qui sont prélevées et traitées génétiquement en laboratoire avant d’être de nouveau transfusées; c’est ce qu’on appelle l’immunothérapie cellulaire.

Bons résultats

Les hôpitaux universitaires, donc, veulent coopérer pour offrir leurs propres thérapies cellulaires. En réalité, de telles recherches se développent déjà en Suisse. Au CHUV, par exemple, un essai est mené avec des patients souffrant du cancer de la peau et sera élargi aux cancers solides à la rentrée. «Le but est de partager plus rapidement nos découvertes», explique le professeur George Coukos, chef du Département d’oncologie UNIL-CHUV et président du groupe de travail sur l’immuno-oncologie au sein du SAKK. «Ces thérapies cellulaires, quand elles fonctionnent, donnent de bons résultats. Si nous parvenons à développer des solutions efficaces, nous pourrons donc sauver des vies et le faire à moindre coût.»
Une telle plateforme pourrait en effet faire baisser les prix des traitements. «Les pharmas veulent gagner de l’argent alors que les hôpitaux couvrent les coûts réels et documentés, explique Thomas Cerny, président de la fondation Recherche suisse contre le cancer, qui soutient le projet. Cela permettrait donc de développer des solutions meilleur marché, peut-être moitié moins chères, et d’éviter une médecine à deux vitesses.»

Efforts complémentaires

Les établissements attaquent-ils les pharmas? «Ces efforts sont complémentaires. Si nous obtenons des résultats probants, cela pourra aussi conduire à des collaborations avec la pharma, qui peut accélérer la production et la distribution», assure George Coukos. Les deux traitements commercialisés actuellement par les entreprises pharmaceutiques concernent environ 5% des cancers. «Nous voulons focaliser nos efforts sur les 95% restants. Il faut notamment chercher des solutions personnalisées pour les personnes souffrant de tumeurs solides.» Il pense surtout aux cancers les plus fréquents (sein, côlon, prostate, poumon, ovaire, peau, autres cancers gastro-intestinaux, etc.).
Thomas Cerny renchérit: «Les thérapies sont toujours plus personnalisées. Elles nécessitent aussi un développement permanent pour les améliorer. Cela n’est pas possible pour les produits des pharmas qui, dès qu’ils sont sur le marché, doivent rester identiques. Et puis, avec le système actuel, des cellules vulnérables des patients sont envoyées dans des laboratoires à l’étranger pour être traitées. Ce serait plus efficace et plus sûr de le faire localement.»
Entre les hôpitaux universitaires, les discussions en sont à leurs débuts, précise George Coukos. «L’idée est aussi qu’un patient puisse par exemple bénéficier du travail de notre laboratoire lausannois de développement et de fabrication cellulaire tout en restant dans son hôpital en Suisse alémanique», précise-t-il. La volonté de collaborer est là. Mais, pour les hôpitaux comme pour les pharmas, ces recherches coûtent cher.
Si la mise en commun des efforts doit aussi permettre des économies, George Coukos estime que la plus grosse difficulté sera de lever les fonds nécessaires. Il appelle les Cantons et la Confédération à contribuer à cet effort avec des fonds dédiés au développement et à l’application de ces immunothérapies cellulaires. «Les assurances peuvent aussi être un partenaire. Si nous réussissons à développer des thérapies qui fonctionnent, cela va en effet diminuer les coûts de la prise en charge des patients.» Le Lausannois d’adoption lance encore un appel aux particuliers. «Il y a en Suisse des moyens financiers énormes, mais la philanthropie n’y est pas toujours développée, comme aux États-Unis ou en Grande-­Bretagne.»

Caroline Zuercher

 

 

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