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Un foie qui dysfonctionne peut dérégler le cerveau

  Mardi 20 août, 2019

Des chercheurs genevois et vaudois ont montré comment des maladies du foie chroniques entraînent des perturbations cérébrales

Le foie joue un rôle capital dans l’organisme en faisant office de filtre. En revanche, lorsqu’il dysfonctionne, il peut gripper la machine du corps humain et même devenir très dangereux pour le cerveau. Des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE), des Hôpitaux universitaires de Genève, de l’EPFL, du CHUV et de l’Université de Lausanne ont conduit une étude sur les rats. Ils ont démontré comment des maladies chroniques du foie provoquent des changements moléculaires dans le cerveau et débouchent, dans certains cas, sur une encéphalopathie hépatique. Cette pathologie peut entraîner des atteintes psychologiques, motrices et cognitives, voire un coma.
Lorsque le foie est malade, en cas de cirrhose par exemple, il filtre moins bien et laisse passer certaines substances en trop grandes quantités. C’est le cas avec l’ammonium, dont une partie monte au cerveau pour être transformée en glutamine, elle-même utilisée pour produire des neurotransmetteurs servant à la communication entre cellules. Un excès d’ammonium entraîne donc un excès de glutamine. «Or, cette dernière attire l’eau dans les cellules, qui se mettent à gonfler, explique Valérie McLin, professeure au Département de pédiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE, qui a dirigé l’étude avec Olivier Braissant et Cristina Cudalbu. Leur architecture s’en retrouve altérée et elles peuvent dysfonctionner. Cela peut déclencher un œdème cérébral et, dans certains cas, une encéphalopathie hépatique.»
Mais l’ammonium n’est pas le seul responsable de cette affection. Les chercheurs ont identifié deux nouveaux acteurs: les rats atteints d’une maladie chronique du foie accusaient une baisse soudaine de vitamine C et de créatine, qui remplit notamment des fonctions énergétiques. Ils ont aussi découvert qu’un dysfonctionnement du foie peut provoquer des perturbations dans le cerveau en deux semaines seulement, sans que des symptômes physiques de la maladie du foie soient déjà visibles. Jusqu’à présent, des études antérieures faisaient état de six semaines.
Ces deux découvertes suggèrent qu’en cas de maladie du foie chronique, une analyse précoce du cerveau pourrait permettre de détecter d’éventuelles atteintes avant que l’état de santé ne se détériore. «De plus, ajoute Valérie McLin, on pourrait imaginer, un jour, diminuer les conséquences de cette pathologie sur le cerveau en compensant le manque de créatine et de vitamine C par des compléments.»
Des observations sont maintenant en cours chez l’humain afin de vérifier si l’atteinte cérébrale est similaire à celle qui frappe les rats.

Aurélie Toninato

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