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La crème solaire est indispensable pour prévenir les cancers de la peau

  Jeudi 22 août, 2019

Ce produit, accusé d’être inutile ou dangereux, a mauvaise presse. Le point avec la cheffe de la dermatologie aux HUG

Mettez de la crème.» Le message du service de dermatologie des HUG est clair, pour prévenir le risque de cancer de la peau. Pourtant, dans la mouvance du bio et du naturel, la composition des crèmes solaires, produit de l’industrie cosmétique, est remise en doute.
Certains médecins ont également souligné l’absence de preuves de l’efficacité des crèmes concernant le mélanome. C’était le cas de Bertrand Kiefer, qui a signé un texte en 2018 fustigeant les écrans solaires dans la «Revue médicale suisse», dont il est le rédacteur en chef. Il s’inquiétait notamment du matraquage marketing de ces produits garantissant une protection suffisante. Plus encore, il alertait sur leur composition: «De nombreuses crèmes contiennent des nanoparticules et, plus préoccupant encore, des substances ayant un effet de perturbateur endocrinien prouvé.»
Faut-il jeter ses tubes de crème? «Non, absolument pas», nous indique la doctoresse Evangelia Tzika, médecin cheffe de clinique au Service de dermatologie et vénérologie aux HUG. «Il existe plusieurs sortes de cancers de la peau, dont les deux plus fréquents sont les carcinomes basocellulaire et spinocellulaire. Or, la crème solaire protège significativement de ces cancers. Le mélanome, souvent plus grave, est heureusement bien moins fréquent.»
Selon la Ligue suisse contre le cancer, seuls 10% des cancers de la peau en Suisse sont des mélanomes. Mais la spécialiste nuance: «La meilleure protection est de ne pas s’exposer aux heures les plus chaudes, soit entre 11 h et 15 h. De rechercher l’ombre, de porter des vêtements couvrants et d’appliquer de la crème solaire. En dernier recours, lorsque l’on doit s’exposer parce que l’on pratique un métier en plein soleil ou une activité de loisir à l’extérieur, la crème sur les parties du corps exposées est la meilleure solution.»
Quant aux perturbateurs endocriniens, la doctoresse ne s’alarme pas: «Il y en a dans beaucoup de cosmétiques et autres produits bien moins utiles que la crème solaire. Renoncer à cette dernière pour ces raisons serait illogique.»
Elle relativise les effets réels de ces particules: «Il y a effectivement une activité œstrogénique dans des expériences in vitro, mais en trop faible quantité pour établir une dangerosité in vivo.»
Une inquiétude revient cependant chez tous les médecins, soit le sentiment dans la population qu’il suffit d’utiliser de la crème solaire pour être protégé, ce qui justifie une exposition au soleil bien plus longue. Or, «plus l’exposition est intense, plus le risque de cancer augmente», rappelle la doctoresse.

Marianne Grosjean

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