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Le cerveau peut-il s’offrir une cure de jouvence?

  Jeudi 29 août, 2019

Une découverte de chercheurs genevois sur les cellules souches vient révolutionner le domaine des neurosciences

Pourra-t-on un jour recréer des neurones qui auraient été définitivement perdus, par exemple suite à une maladie ou un accident? Et, ainsi, offrir à notre cerveau une sorte de cure de jouvence? Ce qui jusqu’à présent relevait du rêve pourrait devenir une réalité, grâce à une récente découverte de chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE).
Ces derniers se sont penchés sur les cellules souches progénitrices du cortex cérébral, centre de contrôle de nos pensées et de nos actions. Ce sont elles qui, au cours de la phase embryonnaire, produisent, l’un après l’autre, nos fameux neurones. Jusqu’à présent, on pensait que ces cellules agissaient dans un ordre très précis et surtout de façon irréversible. Elles fabriquent un type de neurone avec une fonction distincte, puis passent à un autre doté d’une autre fonction, et ainsi de suite… tout en oubliant comment produire le type neuronal précédent. Bref, ces cellules n’auraient aucune mémoire! Vraiment?

Sur des embryons de souris

Cela, c’était le résultat des recherches en neurosciences menées dans les années 90. Or, l’équipe de Denis Jabaudon, professeur au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’UNIGE, vient de prouver le contraire. «Nous nous sommes penchés sur la potentielle plasticité de ces cellules souches progénitrices, explique-t-il dans un communiqué. Le processus de maturation auquel les progéniteurs sont soumis est-il réellement définitif? Ne pourraient-ils pas revenir en arrière pour générer des types de neurones précédemment fabriqués?»
Pour leur expérimentation, les scientifiques genevois ont utilisé des souris. Chez elles, à chaque jour embryonnaire, les cellules progénitrices fabriquent un type de neurone bien précis. Ils ont alors transplanté dans des embryons des progéniteurs provenant d’embryons plus âgés. Cette technique avait déjà été appliquée dans les années 90. Mais cette fois-ci, elle a donné des résultats diamétralement opposés.

Des progéniteurs rajeunis

«En utilisant des techniques plus précises, nous avons pu identifier des progéniteurs agissant comme de véritables cellules souches, relève Denis Jabaudon. Une fois dans leur nouvel environnement, ils rajeunissent pour devenir identiques aux progéniteurs non transplantés.» Les scientifiques genevois ont même identifié le mécanisme moléculaire responsable de cet étonnant rajeunissement cellulaire: la protéine Wnt.
Certes, toutes les cellules souches progénitrices ne semblent pas avoir la capacité de se régénérer. Un mystère qui reste encore à éclaircir. Mais les recherches menées à l’UNIGE – dont les résultats sont à découvrir dans la revue «Nature» – ont de quoi révolutionner le domaine des neurosciences. «Nos travaux apportent la preuve de principe d’une grande malléabilité cellulaire», se réjouit Denis Jabaudon. L’un des enjeux, désormais, consistera à exploiter ces découvertes à des fins thérapeutiques.

Xavier Lafargue

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