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C’est la fin du CBD sans ordonnance en pharmacie

  Dimanche 1er septembre 2019

Le CBD, substance issue du cannabis, ne peut plus être vendu sans ordonnance dans les pharmacies genevoises.

Dorénavant, il ne sera plus possible pour une pharmacie genevoise de vendre sans ordonnance et dans un but thérapeutique un produit à base de CBD, substance issue du cannabis. Le 27 août, toutes les pharmacies du canton ont reçu une circulaire, cosignée par le pharmacien cantonal et le chimiste cantonal, limitant la distribution des produits contenant du CBD.
Cette circulaire, qui découle de la loi fédérale, résume un document publié en juillet par Swissmedic, en collaboration avec les offices fédéraux de la santé publique (OFSP), de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et de l’agriculture (OFAG).
Que dit ce document? Qu’un produit à base de CBD et à but thérapeutique ne peut être vendu que sur ordonnance. Il peut encore être mis en vente libre dans une pharmacie s’il n’est pas fait pour être ingéré, comme un cosmétique ou une huile parfumée.

Traiter l’épilepsie

Depuis 2018, il existe en Suisse un médicament contenant du CBD comme principe actif mais ne contenant pas de THC. Or c’est cette dernière substance qui est responsable des effets psychotropes du cannabis. Les médicaments qui en contiennent sont donc soumis à la loi sur les stupéfiants. Ce médicament utilisant du CBD comme principal agent actif est employé uniquement dans le traitement de deux formes rares d’épilepsie.
Bien évidemment, dans les faits, ce cas de figure ne constitue pas la seule application thérapeutique du CBD. Par exemple, la ligue suisse contre les rhumatismes le liste comme une mesure complémentaire pouvant être efficace dans le cadre d’un traitement. Le CBD est parfois également utilisé comme analgésique, comme relaxant, ou encore pour lutter contre l’insomnie.
Cependant, le statut légal du cannabis rend toute étude clinique sur le CBD très compliquée à réaliser. De plus, les rares études sur lesquelles il serait possible de s’appuyer traitent souvent de produits contenant du CBD et du THC, ce qui ne permet pas d’analyser spécifiquement les effets du CBD. Le document de Swissmedic n’exclut toutefois pas une utilisation autre que le traitement de l’épilepsie si le médecin qui prescrit le médicament juge cela pertinent.

Surprise

La situation est résumée ainsi: «Jusqu’à présent, le potentiel thérapeutique du CBD n’est pas scientifiquement prouvé ou seulement de manière insuffisante pour la plupart des nombreux champs d’application évoqués sur internet.» Il est également précisé que les denrées alimentaires à base de CBD ne sont pas à proprement parler interdites, mais aucune n’a été autorisée à la commercialisation pour l’instant.
Pour les pharmacies genevoises, la nouvelle est une surprise et les réactions sont variées. Des employés de plusieurs petites pharmacies déclarent que ce changement n’aura pas d’impact majeur. Les médicaments au CBD étant un développement pharmaceutique récent, la demande reste faible. «Les gens viennent parfois nous demander des renseignements et repartent quand on leur dit le prix des gouttes», raconte une pharmacienne.
D’autres sont plus critiques. «C’est dommage, entend-on dans une autre officine. C’est le rôle d’une pharmacie de conseiller les gens quand on leur fournit un traitement. Dorénavant, ils iront simplement commander sur internet sans être correctement renseignés.» Et d’ajouter: «Le pharmacien cantonal est censé nous épauler mais là, on a davantage l’impression qu’il va contre nous.»
La législation fédérale ne semble pas être appliquée pour l’instant dans les cantons environnants. À Genève, la réception de cette circulaire par les pharmacies est récente et elle n’a pas encore été appliquée dans nombre d’entre elles.
Le CBD, bien qu’il ne soit pas considéré comme un stupéfiant en tant que tel, est issu du chanvre, dont l’histoire continue de freiner l’utilisation médicinale. La vision qu’a le grand public du cannabis dans son ensemble évolue cependant, et avec elle la demande pour des traitements thérapeutiques issus de ses composants. Reste à voir comment suivra la législation.

Alexandre Goumaz

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