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Solidaires (Edito de La Lettre de l’AMGe de septembre 2019)

Nouvellement élu à la tête de l’AMGe, j’avais choisi, en janvier 2014, comme titre de mon premier éditorial en tant que président: «Ensemble, plus forts». Des années après, je mesure combien cette maxime est de plus en plus vitale dans nos combats communs.

Valeur du point tarifaire sur Genève

Attaquée par les faîtières des assurances (Santésuisse et HSK) qui souhaitent une valeur du point tarifaire cantonal (VPT) à la baisse, la communauté tarifaire genevoise, composée des HUG, des cliniques privées et de notre association – véritable Genferei car cette communauté est unique en Suisse – a été invitée par le Conseiller d’Etat Mauro Poggia à faire part de sa position et à présenter les modèles qui étayent une valeur du point à 0.98 (à tout le moins son maintien à 0.96).

La rencontre et l’écoute ont été courtoises, attentives et sereines. Nous proposons une valeur de point à 0.98, les assureurs souhaitant rétrospectivement au 1er janvier 2019 0.94 pour Santésuisse et 0.87 (benchmark national – notion qui n’est pas présente dans la loi – en attendant la valeur définitive) pour HSK. Il est à relever que la CSS a, elle, accepté pour 2019 la valeur de point actuelle de 0.96. Cette solidarité entre les HUG, les cliniques privées et l’AMGe autour d’un unique positionnement allant de pair avec une défense légale commune est un bel exemple de ce que l’on peut réaliser en travaillant ensemble dans la conviction et la confiance dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat. Dès 2021, le nouveau tarif médical Tardoc devrait entraîner une refonte complète de la valeur du point tarifaire pour assurer une phase de neutralité des coûts.

Ordonnance fédérale concernant la prescription de la psychothérapie

M. Berset a lancé le 26 juin dernier une consultation portant sur le remplacement de la psychothérapie déléguée par un modèle de prescription. Selon l’ordonnance, les porteurs d’un titre en médecine interne générale, en neurologie, en gynécologie et obstétrique, en psychiatrie et psychothérapie d’adultes, d’enfants et d’adolescents et en pédiatrie ou des médecins porteurs d’un certificat de formation complémentaire en médecine psychosomatique et psychosociale (ASMPP) pourraient être directement prescripteurs. Il faut donc bien comprendre qu’en cas d’entrée en vigueur, cette Ordonnance permettra à tout médecin de premier recours de prescrire des bons de psychothérapie. L’été a donc été actif pour les présidents des sociétés de discipline et pour notre secrétaire général. Un consensus fort s’est dégagé. Un papier de position a été réalisé grâce au concours de chacun, car tous les groupes de discipline concernés ont décidé de s’aligner derrière les psychiatres et les pédopsychiatres en raison des notions incontournables que sont la formation médicale, la responsabilité de la supervision, les diagnostics différentiels, le diagnostic posé, le suivi des patients ainsi que le risque élevé d’augmentation des coûts de la santé en cas d’ouverture large à la prescription de la psychothérapie. Cela signifie que pour les autres groupes, il est clair et évident que ce sont les seuls psychiatres et pédopsychiatres qui ont les capacités professionnelles d’assumer la pleine prise en charge médicale et permettent une médecine de qualité optimale, particulièrement pour les cas difficiles. Là encore, « Ensemble, plus forts » s’impose à l’évidence de chacune à chacun de nos membres. L’interprofessionnalité est l’un des objectifs à réaliser dans les prochaines années, et nous y participons activement, en travaillant en commun avec tous les acteurs de la santé, dans le respect des formations de chaque intervenant et dans une promotion de l’autonomie. C’est dans la coordination de la prise en charge des patientes et des patients que l’on doit progresser.

Mesures d’Alain Berset pour freiner la hausse des coûts

Neuf propositions ont été mises sur la table par le Conseiller fédéral Alain Berset lors de sa conférence de presse annuelle le 21 août. Celles qui ont retenu l’attention des médias portent sur les médicaments (potentialisation des génériques pour tout le monde dès que cela est possible et celles et ceux qui souhaitent un médicament original devront payer un supplément), la facture qui devra être systématiquement adressée au patient (peu compréhensible dans sa forme actuelle), la création d’une conférence nationale tarifaire pour l’ambulatoire (le Tardoc a été déposé par la FMH et Curafutura, mais sans H+ et Santésuisse, le grand absent de la table des négociations) et l’encouragement de la bascule d’un partie du stationnaire vers l’ambulatoire. Un point capital n’a pas été repris par les journalistes dans un premier temps: la volonté d’introduire un budget global maquillé sous la forme de tarifs dégressifs, c’est-à-dire de tarifs médicaux variables en fonction du volume facturé au cours de l’année. L’AMGe soutiendra la FMH contre tout budget global ou toute forme se rapprochant d’un budget global car il est évident que nous ne pourrons qu’être contre tout rationnement des soins imposé à la population. La cohésion de l’ensemble des médecins autour d’un clair NON au budget global au côté des citoyennes et des citoyens sera essentielle. Là encore, «Ensemble, plus forts».

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe