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Votez (éditorial de La Lettre de l’AMGe d’octobre 2019)

A l’heure où les cantons et les assureurs se déchirent dans une guerre de pouvoir autour du financement uniforme des soins, où le Parlement fédéral tente de régler l’admission des fournisseurs de prestations, où les hausses des primes subissent une accalmie mais restent peu transparentes, où le Conseil fédéral délègue le rationnement des soins aux médecins et où les libertés de choix du médecin et des thérapies sont menacées, il est essentiel de choisir ses représentants à Berne pour défendre les citoyennes et les citoyens ainsi que nos conditions de travail et notre place dans le système de la santé.

Opacité

Entendre le Conseiller fédéral Alain Berset lors de sa conférence de presse expliquer que les cantons romands subissent les hausses de primes les plus importantes car la densité des institutions de soins et des médecins sont les plus fortes en Romandie reste incompréhensible tant les hausses les plus élevées sont à Neuchâtel et en Valais. Pour Genève, la stabilité des primes était attendue, mais une hausse certes modérée est arrivée. Le système de calcul reste opaque et les explications lacunaires. La transparence devra être exigée.

Combattre tout budget global

L’annonce des neuf premières mesures par Alain Berset pour freiner la hausse des coûts a surpris le corps médical car au-delà des mesures sur les médicaments, la création d’une organisation tarifaire nationale pour les traitements ambulatoires ou l’envoi systématique des factures aux assurés, c’est le pilotage des coûts (art.47 c LAMal) qui imposerait un budget global maquillé sous la forme de plafonds contraignants et donc amènerait à un rationnement des soins. Ce transfert sur le corps médical du rationnement des soins sera fondamentalement à combattre. Cette délégation entraînera, comme en Allemagne où c’est un échec, une baisse de la qualité des soins et un accès aux prestataires de plus en plus difficile pour toute une partie de la population et donc des retards diagnostiques. Le budget global sera à l’ordre du jour des premières séances du prochain parlement. 

Le financement uniforme

Le projet EFAS fait couler beaucoup d’encre et la lutte de pouvoir entre les cantons et les assureurs ne fait que débuter. Dix ans après le dépôt de l’initiative parlementaire sur le financement uniforme des prestations de soins, le Conseil national vient d’adopter ces derniers jours le projet EFAS. Le mode de financement actuel est dépassé et des réformes doivent se faire. La bascule du stationnaire vers l’ambulatoire est une évidence tant sur le plan médical que politique. Le financement uniforme des soins ambulatoires et stationnaires avec une clé de répartition autour de 23-25 % pour l’Etat permettra une répartition financière plus juste socialement. Le but est également de gagner en efficacité et de conserver et développer une qualité des soins optimale. Il est évident que l’on peut comprendre les remous créés par cette adoption car le paiement des prestations et le choix des investissements seront au cœur des luttes entre les cantons et les assureurs, les uns dénonçant déjà les autres. Il est cependant urgent de supprimer les incitatifs financiers erronés et d’agir sur la hausse des coûts. L’Etat pourrait déjà soutenir financièrement les prestations devenues obligatoires en ambulatoires (liste d’interventions telles la hernie inguinale unilatérale, l’arthroscopie, la cataracte, …). Le communiqué de presse concernant EFAS a regroupé Curafutura, Santésuisse, la FMH, la FMcH, Interpharma, pharmaSuisse, Forum Santé pour Tous, l’ASMI, le GELIKO, medswiss, l’Organisation suisse des patients et d’autres. Le front du soutien est large, mais les discussions sur l’application, les financements et les arbitrages ne font que débuter et promettent de rudes batailles de chiffres.

Trop de fragmentation

La fragmentation du système de santé suisse est impressionnante. Il faut absolument diminuer massivement cette fragmentation pour tendre vers un système plus efficient. Que l’on parle des assureurs, des cantons, des tarifs médicaux, des différents prestataires de soins et des leurs interactions, des associations et de leurs représentants, tout est devenu trop complexe, trop fragmenté. Bientôt chaque Suisse aura son modèle d’assurance tant les modèles sont nombreux et tendent à augmenter. Il faut simplifier cela tout comme la lutte incessante vers moins de contraintes administratives et de réunions en tout genre.

L’humain au cœur du système

D’autres thèmes comme l’accès aux soins et au paiement des futurs traitements oncologiques, comme l’interprofessionnalité à développer dans un esprit qui garantit la reconnaissance de la formation, de la responsabilité et  la capacité à poser un diagnostic et suivre un traitement. Qui soignera son prochain ? On annonce une pénurie de médecins de premier recours, mais on voit que le politique souhaite figer le nombre de prestataires et alors se pose la question de la relève et du pourquoi des longues études de médecine si le futur n’est qu’un point d’interrogation. Notre métier fait encore rêver car il reste une aventure humaine et technologique. Sachons protéger cela et surtout soyons présents pour les patientes et les patients des premières cellules de la vie jusqu’au dernier souffle dans le respect de la condition humaine mais également pour maintenir une prise en charge optimale des soins et un accès aux soins pour toutes et tous. C’est primordial.

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe