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Resserrer les rangs (éditorial de La Lettre de l’AMGe de novembre 2019)

Trop souvent encore, les prises de position du corps médical à l’encontre d’une modification légale ou règlementaire sont perçues comme une volonté de défendre le «pré carré» des médecins et, accessoirement, leurs revenus.

Pareille façon de présenter les choses est une offense aux milliers de médecins qui, quotidiennement, œuvrent, avec compétence et dévouement, dans l’intérêt principal, sinon unique, de leurs patients.

Certes, il y a eu des abus, et, malheureusement, il y en aura encore. Le rôle de notre association est de stigmatiser et dénoncer les mauvais comportements de certains (une infime minorité), en valorisant l’activité des médecins méritants.

Cela étant, depuis quelques années, nous assistons à un processus qui consiste à diluer les compétences médicales, en élargissant la sphère des ayants-droits pouvant dispenser des soins.

Il ne s’agit pas ici de se lamenter de ce phénomène qui, à divers égards, représente assurément une plus-value: l’interprofessionnalité constitue un atout certain, tant pour le patient, que pour le médecin.

Néanmoins, des règles précises doivent être édictées, permettant à chaque partie prenante de connaître les contours de son intervention.

Ces derniers mois, un certain nombre de mesures ont accentué et accéléré ce processus de dilution:

Il y a eu d’abord la volonté de la part du DSES d’élargir les compétences des pharmaciens en matière de vaccination (un assureur a déjà emboité le pas du département en proposant un nouveau produit imposant aux assurés de consulter in primis «leur pharmacien» avant de prendre rendez-vous avec leur médecin traitant).

Puis, est arrivé le projet de loi visant à donner d’avantage d’autonomie aux psychologues-psychothérapeutes, réduisant d’autant les compétences des psychiatres-psychothérapeutes.

Puis encore, la règlementation cantonale limitant les équipements lourds, qui constitue indéniablement un frein à l’innovation et à l’amélioration des services offerts par les radiologues. 

Enfin, les attributions relatives à la planification hospitalière, qui devraient être formalisées ces prochains jours, risquent de soustraire à certains établissements hospitaliers – et donc à nombre de médecins – des compétences médicales qui ont fait la renommée de notre système de santé.

Ces quatre décisions prises par nos instances politiques, sans concertation préalable de l’AMGe, vident de sa substance notre profession.

Par ailleurs, elles pourraient, à moyen terme, inciter des pôles de compétence reconnus, à migrer vers d’autres cantons.

C’est contre ces effets que l’AMGe (et chacun d’entre nous) doit combattre, pour défendre une qualité des soins à laquelle aspirent à juste titre nos patients.

Contrairement à ce que certains laissent sous-entendre, notre action n’a aucunement pour but d’assurer aux médecins de confortables revenus.

Soyez certains que L’AMGe (les membres du Bureau, ceux du Conseil, les présidents de groupe et votre serviteur) continuera à faire valoir vos droits et à défendre les valeurs auxquelles nous croyons et qui figurent dans le serment que nous nous sommes engagés à respecter.

Pour ce faire, aujourd’hui encore plus qu’hier, notre association a besoin de tous, tous groupes de spécialités confondus.

Aussi, je compte sur l’appui de tous les membres de l’AMGe pour défendre les intérêts des médecins, dans le respect de chacun.

Il est temps de resserrer les rangs!

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe