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Si tu es pauvre et malade, on aura ta peau et ton argent

  Mercredi 4 décembre, 2019

En votant une fois encore la taxe de 50 francs pour les cas bénins aux urgences, le nouveau Parlement s’en prend symboliquement aux petits porte-monnaie.

Qu’est-ce qu’un cas bénin? Le nouveau Parlement – avec la droite, la moitié du groupe du Centre et le soutien des Verts libéraux – a réussi à refaire passer la proposition du Vert libéral Thomas Weibel, qui ne siège plus. Il s’agit de faire payer une taxe de 50 francs pour les personnes qui se rendent aux urgences pour un problème de santé qui aurait pu être traité par une consultation normale. Une chose que l’on sait après, en général…

Urgence des chiffres

Le Conseil des Etats a déjà refusé cette proposition, mais le Conseil national insiste. Philippe Nantermod (PLR/VS), de la Commission de la santé, a brandi des chiffres. En 2016, en Suisse, il y a eu 1,7 million de consultations aux urgences. 20 pour cent des consultations sont le fait d’habitués, qui y ont recours trois fois par année ou davantage. La moyenne s’élève à 197 cas traités pour 1000 habitants. Une consultation aux urgences coûte 427 francs, soit le double d’une consultation normale chez le médecin.

Peut-être pas une taxe…

A la calculette, on sent qu’il y a un potentiel sans doute de l’ordre de 17 millions à encaisser. Ou pas, si les gens renoncent à aller aux urgences. Il est toujours intéressant d’entendre un élu PLR défendre une «taxe», mot d’ordinaire réservé à la gauche. Le Valaisan s’est d’ailleurs ravisé: «Le terme «taxe» est peut-être inadapté: il s’agit ici d’une participation complémentaire». On pourrait parler aussi de pénalité, d’amende, de contribution forcée… Qu’importe le nom, quand il faut payer.

Pas dissuasif pour les gros

N’étant réellement dissuasive que pour les faibles revenus, cette ponction de 50 francs fera mal aux petits porte-monnaie et laissera indifférents les gros. Inconsciemment ou non, on vise les gens qui vont aux urgences parce qu’ils n’ont pas le choix. Peut-être parce qu’ils ont peur de mourir, parce qu’ils sont hypocondriaques, parce qu’ils sont seuls et ont besoin d’un soutien. Souffrance physique, souffrance psychologique, personne ne va aux urgences pour rien mais pour y trouver un secours. Si petit soit-il, il n’est pas inutile.

Un seul traitement contre le cancer

Tout le monde sait que ce sont pas ces «bagatelles» aux urgences qui coûtent un bras au système de santé helvétique. Avec le coût de certains traitements contre le cancer pour une seule personne, on finance jusqu’à 200 consultations en urgence pour autant de personnes. Où est la démesure dans le système ?

 

 

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