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«Si l’on coordonne les soins, on peut faire des économies»

  Mardi 17 décembre, 2019

Le parlement examine une revalorisation des soins infirmiers. Interview du médecin genevois Michel Matter, nouvel élu au Conseil national 

Michel Matter, c’est un peu le miraculé des élections fédérales. Néophyte chez les Vert’libéraux, le Genevois doit son mandat de conseiller national à un concours de circonstances exceptionnel. En revanche, dans le domaine de la santé, ce vice-président de la FMH est un vieux baroudeur. Nous lui avons demandé ce qu’il pensait de la revalorisation du métier d’infirmierère actuellement traitée par le parlement.

Est-ce une bonne chose de confier plus de responsabilités aux infirmiers pour les soins du patient?

Bien sûr. L’avenir, c’est l’interprofessionnalité. Le fait de travailler ensemble et non plus en silos: médecins, infirmières, psychologues, etc. Il y a actuellement une vraie souffrance des soignants. Beaucoup d’infirmières, au bout de deux ou trois ans, ne savent plus pourquoi elles ont choisi ce métier. Il faut valoriser la formation et le contre-projet à l’initiative le fait énormément.

Que peuvent faire les infirmiers pour décharger les médecins?

Ils peuvent s’occuper de la prise en charge des patients diabétiques ou qui ont des problèmes respiratoires, s’occuper des soins de plaies. Les physiothérapeutes devraient aussi avoir une part de cette prise en charge, tout comme les assistantes médicales dont on parle très peu. Mais une notion est fondamentale: qui dit autonomie dit responsabilité. Les médecins ont appris à faire face à cela. Si je décide, si je facture, alors je suis responsable. Et quand il y a des problèmes juridiques, que le patient ait tort ou raison, il faut assumer.

Est-ce que cette délégation aux infirmières permet de faire des économies sur les coûts de la santé?

Si les soins sont coordonnés, il y aura des économies substantielles. Si je suis infirmier, que je prends en charge un patient avec une maladie chronique (diabète, alcool, tabac), je peux arriver à des économies grâce à la prévention, au dialogue, au suivi du patient.

Un rapport de la Confédération dit que le système de santé gaspille au moins 15milliards chaque année. On fait quoi pour corriger cela?

D’abord, de la prévention. On est nul sur ce plan. Ensuite, la coordination des soins. Les prestataires ont aussi fait des efforts. L’augmentation des coûts est modérée depuis deux ans. Mais le problème numéro un, c’est qu’on pousse toujours plus les gens à payer de leur poche. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi les soins dentaires ne sont pas compris dans l’assurance de base.

Vos premières impressions de bleu au parlement?

Ce qui me frappe, c’est le bruit. Les élus parlent, lisent le journal, pianotent. Dans un colloque de médecins, j’ai plutôt l’habitude de l’écoute et du respect. La première semaine, le président de la Confédération parlait du budget 2020 et les gens entraient et sortaient comme dans un moulin. On m’a expliqué que le travail se fait en commission et que les groupes savent quoi voter.

Vous êtes médecin et votre groupe ne vous a pas donné la Commission de la santé, mais celle des finances. Pour éviter l’accusation de lobbyisme?

À la Commission de la santé, il y a notamment Isabelle Moret (PLR), à la tête de H+, et Pierre-Yves Maillard (PS), l’ancien ministre vaudois de la Santé, dont on connaît bien les positions. Non, je crois que mon groupe souhaitait avoir des gens plus généralistes. Je respecte cette décision.

Arthur Grosjean

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