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Une pétition demande d’élargir l’accès à la pilule contre le sida

  Mardi 7 janvier, 2020

Remis à Alain Berset, le texte demande que les Suisses puissent commander plus facilement à l’étranger les génériques du Truvada, qui permet de prévenir le sida

Elle s’appelle PrEP, pour prophylaxie pré-exposition. Les personnes séronégatives qui risquent d’être exposées au VIH peuvent utiliser cette pilule pour éviter de contracter l’infection. En Suisse, on estime qu’aujourd’hui environ 2000 personnes l’emploient. Mais le Truvada, le médicament original, coûte cher dans nos pharmacies. Une pétition a été remise en décembre à Alain Berset demandant de faciliter l’importation par des particuliers de génériques meilleur marché. Dotée de plus de 2300 signatures, cette requête est soutenue par le Groupe sida Genève et l’association Dialogai, a révélé la RTS.
À l’origine, le Truvada est employé pour le traitement des personnes séropositives. Il est aussi efficace à titre préventif, mais il n’est pas remboursé par l’assurance maladie dans cet usage et son prix est élevé. Une boîte de 30 comprimés coûte 671 francs en Suisse. L’alternative est d’acheter des génériques. Un brevet protège le Truvada jusqu’en mars 2021 dans notre pays. «En théorie, nos pharmacies ne peuvent donc pas vendre de génériques, mais des officines proposent une alternative en marge du brevet pour 75 francs», précise Florent Jouinot, coordinateur romand de l’Aide suisse contre le sida.
D’autres usagers importent eux-mêmes un générique. Là, on peut se procurer une boîte de 30 comprimés à partir de 30 ou 40 francs. «Aux Checkpoints, nous proposons de le faire en passant par des sites référencés et uniquement sous ordonnance pour assurer un suivi médical», détaille Naomi Portella, infirmière en santé sexuelle à Dialogai.
Jusqu’à récemment, il était possible d’importer jusqu’à trois mois de traitement. Or, Swissmedic a décidé en avril 2019 de ramener l’autorisation à un mois (comme cela se fait pour les autres importations de ce type) afin de limiter les risques liés à la contrefaçon. L’institut déconseille formellement les commandes de médicaments auprès de sources inconnues sur internet.
La pétition s’oppose à cette décision. D’après Naomi Portella, environ 200 personnes utilisent la PrEP au Checkpoint de Genève. Parmi elles, un bon tiers l’achète à l’étranger. «Une commande mensuelle est plus contraignante. Les problèmes d’acheminement ne sont pas rares. Typiquement pendant les Fêtes, il faut s’organiser à l’avance. Beaucoup de personnes vivent la décision de Swissmedic comme une injustice.»

«Pour un accès durable»

Selon Florent Jouinot, une grande majorité de ceux qui souhaitent utiliser la PrEP peuvent l’obtenir en Suisse. Outre la solution offerte par certaines pharmacies, il mentionne un programme de recherche, nommé SwissPrEPared, dont les participants peuvent obtenir le Truvada à un prix encore plus bas. Pour Sascha Moore, juriste au Groupe sida Genève, ces alternatives aux importations personnelles ne répondent toutefois pas à tous les besoins.
«Avec notre pétition, nous demandons de garantir un accès durable à des médicaments abordables et pour tous, y compris ceux qui n’ont par exemple pas d’assurance maladie», explique Sascha Moore. Il précise que si la demande d’élargir les possibilités d’importation personnelle est partie de la PrEP, elle concerne d’autres maladies. «Les autres médicaments, comme ceux contre l’hépatite C, ne peuvent pas non plus être importés pour plus d’un mois. Or, ce dernier traitement dure en général trois mois. Notre requête vaut aussi pour ces cas.»
Et pourquoi ne pas utiliser le préservatif pour lutter contre le VIH? «Il est très efficace, répond Florent Jouinot. Mais on sait qu’entre l’intention de l’employer et son utilisation réelle et adéquate, il y a une différence. Ensuite, il peut se rompre.» L’expert conclut qu’en termes de santé publique, il est intéressant de promouvoir la PrEP, notamment parce que le traitement des infections serait plus cher, et à vie.

Caroline Zuercher

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