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«Ce virus mérite une action de santé publique agressive»

  Mercredi 22 janvier, 2020

Le virus qui sévit en Asie est encore peu connu. L’expert Laurent Kaiser fait le point

Un nouveau virus, semblable au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), se propage en Asie. Quel est le danger? Le PrLaurent Kaiser, médecin responsable du Centre des maladies virales émergentes aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), répond à nos questions.

Les transmissions entre humains de ce virus sont confirmées. Faut-il s’en inquiéter?

Cela mérite en tout cas une action de santé publique agressive. Nous sommes en présence d’un virus qui peut se propager, mais on ne connaît pas encore l’efficacité de sa transmission entre humains (s’il se transmet facilement par voie aérienne ou s’il faut un contact rapproché). Un individu porteur de la grippe saisonnière peut contaminer une ou deux personnes. Si ce nouveau virus a une telle capacité, c’est inquiétant, car personne n’est immunisé. Nous ne savons pas non plus quelle est la gravité des maladies associées. Cela peut être un rhume ou une pneumonie, comme pour la grippe. Mais nous manquons pour l’instant d’informations. Nous n’avons par exemple pas de carte épidémiologique détaillée des transmissions et nous ne savons pas si elles se sont produites en famille, dans la communauté ou à l’hôpital.

Il semble que ce virus soit semblable au SRAS, dont on a dénombré 8000cas et près de 800morts dans le monde en 2003.

Ce coronavirus est en effet à 70% similaire, environ, à celui du SRAS, et c’est pour cela que nous travaillons en nous basant sur ce modèle d’infection. Il n’est pas habituel de voir un nouveau virus originaire du monde animal se transmettre comme cela se passe actuellement. Ce d’autant plus que les cas signalés sont peut-être la pointe de l’iceberg Toute la question étant de savoir quelle est la taille réelle de l’iceberg. L’expansion actuelle rappelle aussi l’épidémie de SRAS. En 2003, ce virus avait entraîné un taux de mortalité de 10 à 15%. C’est très haut pour une infection respiratoire, surtout si la transmission est facile et le nombre de personnes infectées élevé.

L’Organisation mondiale de la santé se réunit ce mercredi pour déterminer s’il y a une urgence de santé publique de portée internationale. Qu’est-ce que cela changerait?

Une telle urgence n’a été déclarée que lors d’événements importants, comme la grippe de 2009 ou le virus Ebola. C’est une décision stratégique qui a un impact majeur et ne peut pas être prise à la légère. La reconnaissance, par les autorités compétentes, qu’il existe un problème permet d’augmenter la transparence, d’avoir un accès direct aux informations et d’informer les pays de la région concernée pour qu’ils prennent les précautions nécessaires et se préparent à d’éventuelles flambées épidémiques. Une telle annonce permet aussi de débloquer des fonds pour lutter contre l’épidémie. Et puis cela donne à l’OMS la possibilité de procéder à des recommandations, comme celle de limiter les voyages.

En Suisse faut-il réagir?

Pour l’instant, ce virus se développe en Asie. En Europe, le risque existe et pourrait augmenter dans une dizaine de jours si un grand nombre de voyageurs reviennent d’une zone touchée après avoir fêté le Nouvel An chinois. Il y aura, c’est certain, des cas en dehors de l’Asie, il faut espérer qu’ils resteront limités à quelques individus ou quelques foyers. De notre côté, comme hôpital, nous sommes obligés de nous préparer à tous les scénarios.

Comment se préparer à un éventuel risque?

Les HUG hébergent le Centre national de référence pour les infections virales émergentes (CRIVE) et nous avons déjà développé un test de diagnostic. Pour nous, la première mission est de pouvoir identifier d’éventuels cas, ce qui peut être un défi. Les cas graves de pneumonies sont relativement évidents sur le plan médical. Mais imaginez un individu qui revient de Chine avec des symptômes moins importants, comme un rhume ou une grippe. Il aura croisé des gens dans les aéroports et dans les avions, où les virus respiratoires sont fréquents. Il en existe une douzaine qui sont différents mais se présentent cliniquement de la même façon. Ces personnes n’auront pas forcément le réflexe de venir consulter. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’il y a un risque réel et que, si vous revenez de Chine avec un syndrome respiratoire, il ne faut pas hésiter à consulter. Pas forcément pour votre propre santé, mais aussi pour celle des personnes qui vous entourent.

Faut-il installer des contrôles aux aéroports?

Ce qui est pertinent, c’est de contrôler les personnes qui arrivent directement d’une région touchée par l’épidémie. Mais il faut faire attention de ne pas surréagir. En Suisse, nous n’avons pas de lignes directes depuis ces régions et nous devons surtout rester attentifs dans les centres de soins. Si des infirmiers étaient contaminés, cela pourrait vite devenir dramatique. Cela s’était produit en 2003 à Toronto, lors de l’épidémie de SRAS. Des milliers de personnes y ont été mises en quarantaine et 44 sont mortes.

Et en Suisse?

Risque «faible» En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) suit la situation «avec attention». S’il y a des connexions aériennes directes entre Wuhan et l’Europe (Londres, Paris et Rome), le Centre européen pour la prévention et le contrôle de maladies (ECDC) juge que le risque d’une importation est faible. Selon Berne, cette évaluation est valable pour la Suisse et des mesures à l’entrée du territoire ne sont pas indiquées pour le moment.

Caroline Zuercher

Inquiétude avant le Nouvel-An chinois

Détections thermiques obligatoires dans les aéroports, mise en quarantaine pour 24 heures des passagers fiévreux, peines de prison pour ceux qui mentent sur leur état de santé De Bangkok à Hong Kong, de Singapour à Sydney, de nombreux pays de la région ont renforcé mardi leurs contrôles pour tenter d’enrayer la propagation du nouveau virus apparu dans la ville chinoise de Wuhan. L’inquiétude est grande à l’approche du Nouvel-An chinois, ce week-end, car des centaines de millions de personnes vont voyager dès samedi pour rejoindre leurs familles. Ce coronavirus a déjà coûté la vie à six personnes et la Chine a recensé mardi 77 nouveaux cas d’infection, portant le total officiel à près de 300. Par ailleurs, 922 patients restaient en observation dans les hôpitaux du pays. Cela dit, des médecins de l’Université de Hong Kong ont publié, le même jour, une étude estimant à 1343 le nombre probable de cas à Wuhan, une semaine après que l’Imperial College de Londres a avancé le chiffre de 1700 cas. Déjà, l’infection a été observée au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande et à Taïwan. Un premier cas vient d’être signalé aux États-Unis.
Ce mercredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tient une réunion d’urgence pour déterminer s’il convient de déclarer une «urgence de santé publique de portée internationale», une catégorie créée après le SRAS de 2002-2003 et utilisée lors de la grippe porcine H1N1 en 2009, du virus Zika en 2016 et de la fièvre Ebola depuis 2014.

Andrés Allemand

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