Solidaires (Edito de La Lettre de l’AMGe de septembre 2019)

Nouvellement élu à la tête de l’AMGe, j’avais choisi, en janvier 2014, comme titre de mon premier éditorial en tant que président: «Ensemble, plus forts». Des années après, je mesure combien cette maxime est de plus en plus vitale dans nos combats communs.

Valeur du point tarifaire sur Genève

Attaquée par les faîtières des assurances (Santésuisse et HSK) qui souhaitent une valeur du point tarifaire cantonal (VPT) à la baisse, la communauté tarifaire genevoise, composée des HUG, des cliniques privées et de notre association – véritable Genferei car cette communauté est unique en Suisse – a été invitée par le Conseiller d’Etat Mauro Poggia à faire part de sa position et à présenter les modèles qui étayent une valeur du point à 0.98 (à tout le moins son maintien à 0.96). (suite…)

Psychothérapies effectuées par des psychologues-psychothérapeutes: une prise de position du Groupe des Psychiatres-Psychothérapeutes Genevois

Le Conseil fédéral propose de modifier l’Ordonnance sur l’assurance-maladie (OaMal) en vue de conférer à tous les médecins de premier recours, et non seulement aux psychiatres-psychothérapeutes, la possibilité de prescrire des psychothérapies effectuées par des psychologues-psychothérapeutes.

Le système actuel garantit non seulement une qualité des soins pour les patients, mais également un contrôle-qualité qui permet d’éviter que des soins prodigués par des psychologues, ne concernant pas des troubles psychiatriques, soient pris en charge par l’assurance de base.

Dès lors, le Groupe des Psychiatres-Psychothérapeutes Genevois demande que la prescription de la psychothérapie soit faite uniquement par les psychiatres-psychothérapeutes à l’exclusion de tout autre médecin.

En revanche, les psychiatres genevois ne s’opposent pas – bien au contraire! – à ce que les conditions cadres de la délégation des psychothérapies soient redéfinies par le Conseil fédéral afin que celle-ci s’opère dans les meilleures conditions possibles pour le patient, le psychologue-psychothérapeute, et le psychiatre.

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Situation actuelle:

En Suisse, à l’heure actuelle, les patients nécessitant de soins psychiques sont généralement pris en charge par un psychiatre-psychothérapeute. Dans ce cadre, les patients sont couverts par l’assurance de base.

Le psychiatre-psychothérapeute évalue la situation (notamment les cas d’urgence), pose un diagnostic, ordonne, cas échéant, une psychothérapie, valide subséquemment la poursuite du traitement retenu et/ou évalue l’opportunité d’y mettre fin.

Dans le cadre de son activité, le psychiatre peut déléguer, selon le cadre légal actuel, la psychothérapie à un psychologue. En d’autres termes, il peut confier à un psychologue-psychothérapeute, qui œuvrera sous sa responsabilité exclusive, une partie du traitement.

Dans ce contexte, la psychothérapie – qu’elle soit pratiquée par le psychiatre-psychothérapeute ou déléguée à un psychologue-psychothérapeute – n’est pas une fin en soi. Elle constitue un outil, une étape parmi d’autres mises en place par le psychiatre, après analyse approfondie du cas de chaque patient, qui s’inscrit dans une démarche thérapeutique plus large.

Situation future si les modifications portées à l’Ordonnance sur l’assurance maladie entrent en vigueur:

Le projet du Conseil fédéral proposant de modifier l’Ordonnance sur l’assurance maladie (OaMal) prévoit, notamment, d’élargir à tous les médecins de premiers recours (généralistes, médecins praticiens, pédiatres et gynécologues), la possibilité de prescrire une psychothérapie.

Concrètement, si ce projet de modification de loi entre en vigueur, la prescription d’une psychothérapie à un psychologue-psychothérapeute ne sera plus l’apanage des seuls psychiatres-psychothérapeutes, mais pourra être ordonnée par tout médecin de premier recours.

L’élargissement du spectre des médecins pouvant déléguer une psychothérapie engendrera inévitablement des risques majeurs pour le patient, associé à une baisse de la qualité des soins prodigués, eu égard à la formation nécessaire à une telle prescription. 

Les nouvelles compétences conférées aux médecins non-psychiatres poseraient également de nouvelles problématiques sous l’angle de la responsabilité thérapeutique. 

Enfin, les modifications proposées par le Conseil fédéral auraient des répercussions non négligeables sur les coûts de la santé

Formation:

Les psychiatres-psychothérapeutes sont des médecins. Tel n’est pas le cas des psychologues-psychothérapeutes. 

Après l’obtention du diplôme de médecin (7 ans d’études universitaires), les psychiatres-psychothérapeutes suivent, au minimum, 6 années de formation postgrade en milieu hospitalier et ambulatoire.

Durant ces années, ils effectuent de nombreuses gardes qui leur permettent d’être confrontés à des prises en charge d’urgence et de crise. C’est également à cette occasion que les psychiatres-psychothérapeutes sont amenés à suivre les traitements thérapeutiques appliqués régulièrement en psychiatrie tels que la psychothérapie; le traitement psychiatrique; la psychothérapie intégrée; etc.

Au terme de leur parcours didactique, les psychiatres-psychothérapeutes sont tenus de suivre de manière régulière et soutenue une formation continue. 

C’est cette longue formation, exigeante et pointue, qui permet aux psychiatres-psychothérapeutes de poser un diagnostic éclairé et, cas échéant, de décider d’une psychothérapie pour leurs patients.

La psychiatrie est la seule formation qui permet aux médecins de poser des diagnostics différentiels (soit, différencier une pathologie d’une autre qui présenterait des symptômes similaires), tant psychiatriques que somatiques (hyperthyroïdie, hypothyroïdie, atteinte neurologique, troubles électrolytiques ou hématologiques, etc.)

Ainsi, ni le psychologue-psychothérapeute – qui n’est pas au bénéfice d’une formation médicale –, ni un médecin d’une autre spécialité, ne sont en mesure de déterminer de la nécessité d’une psychothérapie, de son suivi, de son évaluation en cours de traitement et de son terme.

Dès lors, la prescription d’une thérapie effectuée par un médecin non-psychiatre risque d’augmenter la morbidité et la mortalité chez les patients.

En effet, les médecins de premier recours et encore moins les psychologues-psychothérapeutes, ne sont formés pour identifier et gérer les risques suicidaires et les risques de passage à l’acte hétéro-agressif.

Responsabilité:

Comme déjà indiqué supra, à l’heure actuelle, le principe de la délégation confère au psychiatre–psychothérapeute la compétence de définir si une psychothérapie est nécessaire et, cas échéant, la responsabilité sur dite psychothérapie, quand bien même celle-ci serait déléguée à un psychologue.

Ainsi, en cas de psychothérapie déléguée, la loi actuelle ordonne au psychiatre-psychothérapeute de superviser l’activité du psychologue, d’évaluer en cours de traitement l’opportunité de poursuivre la thérapie ainsi que son pronostic, et de décider à quel moment le traitement doit prendre fin.

Il est par ailleurs précisé qu’à tout moment, le psychologue peut s’adresser au psychiatre-psychothérapeute, en cas de besoin, pour un appui ou un conseil de quelque nature qu’il soit.

Dans l’hypothèse où la psychothérapie est prescrite par un médecin non-psychiatre, qui sera en mesure de superviser l’acte thérapeutique effectué par le psychologue-psychothérapeute?

Par ailleurs, auprès de qui le psychologue pourra-t-il s’adresser en cas de besoin? Les médecins généralistes, les gynécologues, ainsi que tout autre médecin non-psychiatre ne sont pas formés pour apporter leur expertise ainsi que le soutien dont nécessitera le psychologue.

Ainsi, le système proposé par les modifications apportées à l’Ordonnance sur l’assurance maladie créeraient des zones de « précarités thérapeutiques » où celui qui prescrit n’est pas en mesure d’identifier et de diagnostiquer les différents troubles dont souffre le patient (et, ainsi, l’opportunité d’une psychothérapie), et où celui qui sera en charge de la psychothérapie (le psychologue) ne pourra pas bénéficier de l’appui, de la supervision et de l’avis éclairé d’un médecin dûment formé à la problématique dont il est question.

Dès lors, qui sera responsable en cas d’incident?

Qui assumera la responsabilité médico-légale des traitements?

Qui assumera la responsabilité éthique en cas de suicide, ou de situation rendue chronique en raison de diagnostic erroné et de traitements inadaptés?

Augmentation des coûts:

  • En l’état, l’assurance de base ne rembourse une psychothérapie effectuée par un psychologue que si elle a fait l’objet d’une délégation par un psychiatre. Si le projet de modification de l’Ordonnance sur l’assurance maladie est adopté, une simple prescription par un médecin de premier recours suffira pour que l’activité du psychologue-psychothérapeute soit remboursée par l’assurance de base.Par ailleurs, le projet de loi risque d’augmenter le nombre de psychologues-psychothérapeutes sur le territoire de la Confédération. Assisterons-nous à une arrivée massive de psychologues provenant de pays limitrophes qui seront attirés par le remboursement de leur activité par l’assurance de base?Ce nouvel état de fait risque inévitablement d’augmenter le nombre de cas qui devront être pris en charge par l’AOS, ce qui aura un impact certain sur les primes.
  • Sous l’angle thérapeutique, comme indiqué supra, le risque d’un diagnostic erroné est plus élevé s’il est posé par un médecin non-psychiatre. De même, l’absence de supervision de la psychothérapie par un psychiatre-psychothérapeute peut avoir des répercussions sur la qualité et l’adéquation des soins proposés.Ainsi, il est probable qu’après plusieurs mois de traitements prescrits par un médecin non-psychiatre et effectués par un psychologue-psychothérapeute, le patient soit contraint de consulter un psychiatre qui devra alors reprendre l’entier de la procédure, avec, pour élément aggravant, une situation qui aura probablement empiré, sinon dégénéré.Il est certain que dans pareil cas de figure, l’intervention du médecin prescripteur et du psychologue-psychothérapeute, couplée à celle du psychiatre qui aura dû intervenir subséquemment, générera des frais autrement plus importants que ceux facturés si le patient avait été pris en charge, dès le début, par un psychiatre-psychothérapeute.Au reste, ce nouvel état de fait engendrera une augmentation des consultations aux urgences et des hospitalisations.
  • Enfin, le nouveau système proposé par le Conseil fédéral risque de mettre à la charge de l’assurance de base (et donc des assurés) un certain nombre d’activités effectuées par les psychologues-psychothérapeutes qui relèvent, en réalité, de l’assurance complémentaire. En effet, le médecin non-psychiatre ne sera pas toujours en mesure de distinguer les cas de patients souffrant d’un réel trouble psychiatrique pour qui une psychothérapie pourrait s’avérer nécessaire, du cas « simple » qui relève davantage du développement personnel.Il aura dès lors tendance à prescrire une psychothérapie là où les besoins du patient ne le nécessitent pas.Dès lors, l’activité du psychologue qui devrait être assurée financièrement par le patient (ou, cas échéant, son assurance complémentaire) sera, de fait, prise en charge par l’assurance de base, suite à la prescription erronée d’une psychothérapie.Ce glissement de l’assurance complémentaire vers l’assurance de base entrainerait inévitablement une augmentation des primes.

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Compte-tenu de ce qui précède, le Groupe des Psychiatres-psychothérapeutes Genevois est opposé au projet de modification de l’Ordonnance sur l’assurance maladie tel que proposé par le Conseil fédéral. Le Groupe des médecins de famille Internistes Généralistes partage la position du Groupe des Psychiatres-psychothérapeutes Genevois.

Le système actuel garantit non seulement une qualité des soins pour les patients, mais également un contrôle-qualité qui permet d’éviter que des soins prodigués par des psychologues, ne concernant pas des troubles psychiatriques, soient pris en charge par l’assurance de base.

Dès lors, le Groupe des psychiatres-psychothérapeutes Genevois demande que la prescription de la psychothérapie soit faite uniquement par les psychiatres-psychothérapeutes à l’exclusion de tout autre médecin.

En revanche, les psychiatres genevois ne s’opposent pas – bien au contraire! – à ce que les conditions cadres de la délégation des psychothérapies soient redéfinies par le Conseil fédéral afin que celle-ci s’opère dans les meilleures conditions possibles pour le patient, le psychologue-psychothérapeute, et le psychiatre.

Neuf mesures pour freiner la hausse des coûts de la santé: interview de Michel Matter, président de l’AMGe et vice-président de la FMH

Sur La Matinale de RTS La Première, vendredi 22 août 2019 à 7h30 (durée: 7 minutes)

Ecouter ci-dessous

Primes 2020: oseront-ils? (Edito de La Lettre de l’AMGe de juillet-août 2019)

Santésuisse sous tension

A l’heure d’écrire ces lignes, on apprend de la faîtière des assureurs Santésuisse que les dépenses supplémentaires pourraient dépasser 10 milliards de francs par année et que les primes d’assurance-maladie augmenteraient de 30% selon leurs calculs…  Totalement infondé. C’est la panique! (suite…)

Les prévisions annoncent une hausse des primes maladie de 30%

Sur l’émission Forum de la RTS La Première, lundi 15 juillet 2019, un débat entre Christophe Kaempf, porte-parole de SantéSuisse, et Michel Matter, vice-président de la FMH et président de l’AMGe.

Ecouter l’émission ci-dessous

Agir sur la planification médicale (édito de La Lettre de l’AMGe d’avril 2019)

A l’heure où le parlement va se ressaisir de la clause du besoin, où certains souhaiteraient un étatique du nombre de médecins, où Santésuisse s’empare de l’évaluation du nombre de médecins «nécessaires» par région, où cette volonté d’une gestion régionale (et non plus seulement cantonale) est évoquée, où la bascule du stationnaire vers l’ambulatoire devient une réalité, qui va peser sur le quotidien des médecins mais également sur les primes d’assurances-maladie, il est temps de repenser globalement la planification médicale de notre canton. (suite…)

Vaccination: le catimini du Département ou quand les médecins de famille sont ignorés (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2018)

Promouvoir la prévention et la couverture vaccinale, c’est parfait. Toutefois, la méthode appliquée est fourbe, inadéquate, voire absurde tant elle risque de décourager de potentiels vaccinés en faisant payer les malades chroniques et les retraités de leur poche.   (suite…)

Les primes sont-elles fixées par la bourse? (édito de La Lettre de l’AMGe d’octobre 2018)

La comparaison entre l’évolution des primes d’assurance-maladie au cours des dernières années et celle de la bourse pendant la même période laisse apparaitre une tendance explicite et saisissante. Vous trouverez ci-dessous les graphiques de l’évolution des primes et de la bourse depuis 20 ans. Les courbes se suivent avec un décalage toujours identique dans le temps. Des résultats boursiers favorables l’année précédente (comme l’an passé) entraînent une hausse des primes d’assurance-maladie moindre. Inversement, une mauvaise année boursière aboutit à une hausse des primes importante. Le cycle est perpétuel et est indépendant des assurés, des prestataires de soins ou des institutions. Il n’est lié qu’à la bourse. (suite…)

La 2ème intervention tarifaire impose la déshumanisation de la médecine (édito de La lettre de l’AMG de juin 2017)

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Le patient sacrifié
Chaque jour, l’intelligence artificielle progresse dans tous les domaines de la médecine. Il n’y a pas un mois sans que ne soit annoncé un colloque sur le rôle futur du médecin. Notre profession est basée sur la notion de confiance. L’élément humain est au coeur de notre pratique quotidienne. C’est cette richesse qui doit rester l’axe central de notre métier. Jamais un si grand nombre d’étudiants ne s’est inscrit en 1ère année de médecine. L’intérêt, à la fois pour l’humain et également pour les technologies, est immense. Le dialogue, l’écoute et les échanges avec le patient créent la confiance, qui est l’essence de tout rapport thérapeutique. L’obsession actuelle du minutage se traduit par l’impossibilité de cumuler des positions tarifaires relatives à la prise en charge des patients complexes et fortement atteints dans leur santé. Cela concerne tant les médecins de premier recours que les spécialistes. En effet, la dérive du Conseil fédéral avec la 2e intervention tarifaire mise en consultation le 22 mars 2017 impose une limitation cruelle et inadmissible du temps passé avec le malade (position Tarmed 00.0020 + Consultation, par période de 5 minutes est limitée à 2 fois au maximum). Le patient est le grand oublié du Conseiller fédéral, M. Alain Berset, et de ses services. Etre malade n’est pas un choix. Chaque patient est différent et le temps d’examen ne peut pas être standardisé. Cette nouvelle réforme tarifaire est particulièrement injuste pour les malades les plus graves, à savoir ceux qui nécessitent le plus de temps et d’écoute. La déshumanisation de la médecine est en route! La faute à une réforme tarifaire imposée par l’administration fédérale et non à un robot intelligent.

La médecine n’est pas un commerce
Nous l’avons souvent écrit et répété : la médecine n’est pas un commerce. L’humain ne peut être ramené à des chiffres. Les assureurs ont sans cesse recherché le bon risque dans un souci purement mercantile. Le Conseil fédéral et l’OFSP, tombant dans le piège du minutage strict, offrent aux assureurs-maladie une partie de leur rêve de mainmise sur le système de la santé. Nous avons récemment dénoncé le fait que les assureurs ont déterminé seuls le minutage notamment celui de la coloscopie, du Holter ou encore de l’opération de la cataracte. Désormais, les assureurs ont la maîtrise du temps que les médecins peuvent accorder à leurs patients, sans tenir compte de la situation de chaque cas particulier. Les assureurs s’attaquent maintenant à l’obligation de contracter, à savoir s’ils acceptent ou non de rembourser un médecin. En effet, le parlement discute, à nouveau, de la fin de l’obligation de contracter. La boucle sera bouclée : la mainmise des assureurs sur la santé avec l’aide criarde de certains politiciens sera une dure réalité. Les chiffres auront remporté la bataille face à l’humain. La déshumanisation de la médecine n’est plus un mauvais présage, mais devient hélas la réalité !

Le sens de l’histoire : la médecine ambulatoire
Ce qui est important, c’est la famille, les proches et les amis. Toutes ces personnes qui sont présentes quand on en a besoin. Chacun souhaite recouvrer la santé le plus rapidement possible. Les progrès de la médecine sont allés dans ce sens. L’avènement de la médecine et de la chirurgie ambulatoires ont permis à nos concitoyens de récupérer beaucoup plus vite leur état de santé. Le sens de l’histoire est écrit. Le patient opéré rentre souvent le jour-même après une intervention entouré de ses proches soutenu au besoin par une aide extérieure. Le projet de révision du Conseiller fédéral, M. Alain Berset, pousse à revenir à plus d’hospitalisation en sacrifiant tout un pan de la chirurgie ambulatoire. Ce retour en arrière est un non-sens politique et économique. Les patients hospitalisés ne pourront pas reprendre le travail le lendemain, mais une semaine plus tard. Ces coûts induits par cette nouvelle réforme ne doivent pas être omis et sous-estimés. Le ministre, au-delà de son absence de maîtrise du dossier lors de sa conférence de presse du 22 mars 2017, prouve son manque de vision.

Un frein à la coordination des soins
La prise en charge des patients complexes ou en fin de vie nécessite une coordination et une optimalisation des soins qui sont essentielles. Le patient est au centre. Les soins lui sont prodigués dans un cadre interdisciplinaire où les compétences s’additionnent sous la responsabilité du médecin. L’impossibilité de facturer le temps consacré à la coordination des soins sous prétexte d’économie est absurde et va, là encore, contre l’évolution de soins de qualité. Cette approche thérapeutique multidisciplinaire en plein essor se voit donc brutalement freinée par les décisions de l’administration fédérale.

En 1933, M. René Biot, médecin endocrinologue français, écrivait : « Faire perdre son caractère humanitaire en dépouillant de tout sentiment. C’est fatalement déshumaniser la médecine, c’est la ravaler au rang d’une zootechnie que d’organiser autrement que dans le contact fraternel avec le malade ».
Michel Matter, Président de l’AMG
Didier Châtelain, vice-président de l’AMG
Président des Médecins de Famille Genève (MFGe)

L’Office fédéral de la santé publique serait-il sous l’influence des assureurs ? (édito de La lettre de l’AMG de mai 2017)

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Colère et stupeur
L’AMG a découvert, avec colère et stupéfaction, sur le site de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), www.bag.admin.ch, sous Modification de l’ordonnance sur la fixation et l’adaptation de structures tarifaires dans l’assurance-maladie, un texte qui commence par : « Le 22 mars 2017, le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral de l’intérieur (DFI) de procéder à une consultation concernant les modifications envisagées dans l’ordonnance sur la fixation et l’adaptation de structures tarifaires dans l’assurance- maladie », on peut lire à la page 11, point 5 du Document Teneur des modifications et commentaire Ordonnance sur la fixation et l’adaptation de structures tarifaires dans l’assurance–maladie, l’explication affligeante suivante : Abaissement de minutages trop élevés pour un certain nombre de positions tarifaires (…)
Les minutages des prestations suivantes ont donc été abaissés à la valeur moyenne pour la fourniture de ces prestations : opération de la cataracte, biopsie du corps vitreux (et/ou injection intravitréenne), ECG d’effort et ECG Holter, coloscopie et radiothérapie stéréotaxique. Les indices parlant pour un abaissement des minutages proviennent en majorité d’assureurs qui ont vérifié la plausibilité de leurs estimations avec leurs médecins-conseils et, parfois, avec les valeurs du barème uniforme allemand.
(…) (c’est l’auteur qui met en gras).

Inexactitudes du conseiller fédéral
Comme écrit dans l’éditorial du mois d’avril, le ministre était lors de sa conférence de presse du 22 mars 2017 dans l’ignorance. Il a ainsi dit et répété aux journalistes présents que l’opération de la cataracte avec laser permet un gain de temps et devrait donc être moins rémunérée. Au-delà des centaines de francs que le patient doit payer de sa poche pour avoir recours à la technologie par laser qui entraîne un temps opératoire augmenté et qui n’assure actuellement aucune sécurité ni qualité supplémentaires et que seuls 3% des chirurgiens ophtalmologues utilisent, c’est le degré d’inexactitudes d’Alain Berset qui a frappé les esprits. Notre ministre de la santé aurait-il été manipulé ? La désinformation a-t-elle été voulue ? La question est grave, mais légitime. Le texte de l’OFSP ci-dessus montre que ce sont les assureurs qui ont déterminé l’abaissement du minutage de l’opération de la cataracte, de l’ECG et du Holter ainsi que de la coloscopie.

L’éloge de la lenteur et de la médiocrité
Le ministre de la santé s’en prend donc à la durée des actes médicaux et des temps opératoires. Quel message souhaite-t-il réellement adresser aux prestataires de soins et à la relève médicale ? Le discours attendu par le monde médical aurait été un message privilégiant la qualité des soins, la sécurité de la prise en charge, la formation chirurgicale des internes, l’excellence du personnel paramédical. Or, il ressort de ce message que seul le temps est apparemment essentiel à ses yeux. Pour garantir un revenu décent, devons nous espérer que les nouvelles technologies médicales et les techniques opératoires futures seront plus longues, lentes et interminables ? En effet, si le seul critère d’évaluation déterminé par les assureurs était celui du temps, nous serions alors entraînés dans une spirale infernale où le progrès médical, qui tend à raccourcir les temps chirurgicaux, nous pousserait vers l’impossibilité de couvrir décemment nos charges et nos revenus. Ce serait un non-sens. Nos patients et les futurs médecins apprécieront.

Des opérations moins chères qu’une coupe de cheveux
Dans une lettre ouverte à Alain Berset dans le journal Le Temps du 25 avril 2017, le Dr Michel Sadowski, médecin-chef en orthopédie-traumatologie de l’Hôpital de Nyon, évoque les conséquences de la révision du tarif médical en ces termes : Prenons un exemple parmi tant d’autres d’une opération classique telle que le tunnel carpien. Sa valeur Tarmed pour la part médicale passe de 177 à 82 pts (pt Tarmed à 96 ct actuellement), soit une baisse de 53%. Cette intervention, qui occupe le chirurgien environ une demi-heure compte tenu des temps morts, de l’anesthésie et des mesures d’asepsie, vaudra à l’avenir moins de CHF 40.- déduction faite des charges sociales et des frais du cabinet. De qui se moque-t-on? Comment peut-on ainsi dévaloriser notre responsabilité, les risques encourus et notre niveau de formation, sans parler des autres astreintes qui nous sont imposées? Et de quel droit pouvez-vous considérer que nos interventions, même celles hautement spécialisées, vaudront dorénavant nettement moins que le même temps passé en consultation? Voulez-vous que les spécialistes se détournent de leur domaine d’excellence et que les jeunes renoncent à se former dans les domaines d’avenir? Connaissez- vous d’autres professions qui accepteraient de se soumettre à un tel régime draconien? Pour rentrer dans leurs frais, certains spécialistes se verront obligés d’augmenter la cadence de leurs actes au risque de baisser leur qualité tout en prenant des risques inutiles et en ruinant leur propre santé. La plupart d’entre nous seront totalement démotivés et renonceront simplement à réaliser une bonne partie des interventions pour lesquelles nous avons été formés, alors même que l’activité ambulatoire devrait être favorisée pour optimiser la qualité des soins et diminuer les coûts.

L’enterrement de la chirurgie ambulatoire ?
Avec les tarifs proposés pour certains gestes, comment imaginer que des structures privées vont continuer à opérer à perte ! C’est donc la fin de la chirurgie ambulatoire avec le Tarmed. Seuls les patients pouvant payer de leur poche pourront utiliser ces structures. Quant au secteur public, il va faire ses comptes et privilégier l’hospitalisation, qui est prise en charge par les cantons (55%) et les assureurs (45%), à l’ambulatoire, qui est pris en charge par les seuls assureurs, pour des raisons de coûts. Les assureurs ne diront surtout rien cette fois ! Nous paierons tous la facture avec nos impôts !

Un personnel médical en souffrance et un gouffre financier
Les réformes voulues par M. Alain Berset, au-delà de proposer une médecine à deux vitesses et une baisse de la qualité des soins, vont faire perdre des dizaines de millions aux hôpitaux universitaires et aux structures privées et vont probablement entraîner des baisses de salaires dans le privé et sans aucun doute dans les établissements publics, voire des licenciements. Impact humain sur le personnel dont la formation ne cesse d’atteindre de hauts critères de qualité et impact financier à travers le renflouement des pertes annoncées dans les établissements publics à travers l’impôt et cela avec une seule certitude : la hausse automnale éternelle des primes d’assurance-maladie. Un contre-sens car la médecine et la chirurgie ambulatoires correspondent au progrès médical.

L’OFSP serait-il sous l’influence des assureurs ?
L’OFSP à la botte des assureurs ? Cela confine presque à la certitude. Son directeur, M. Strupler, n’avait-il pas affirmé, sans que cela ne le choque, dans l’émission Infrarouge de la RTS du 28 septembre 2016, que les primes d’assurance-maladie augmenteraient en 2017 car les rendements à la bourse des investissements faits par les assureurs avec l’argent des citoyens n’avaient pas été bons en 2016. La proximité semble être établie. Et l’OFSP nous demandera de remplir la récolte de données ambulatoires MARS dans les prochains mois en nous promettant qu’aucun lien n’existera entre cet office et les assureurs. Chacun en tirera sa propre conclusion.
Michel Matter, Président
Alain Lironi, membre du Bureau de l’AMG