Agir sur la planification médicale (édito de La Lettre de l’AMGe d’avril 2019)

A l’heure où le parlement va se ressaisir de la clause du besoin, où certains souhaiteraient un étatique du nombre de médecins, où Santésuisse s’empare de l’évaluation du nombre de médecins «nécessaires» par région, où cette volonté d’une gestion régionale (et non plus seulement cantonale) est évoquée, où la bascule du stationnaire vers l’ambulatoire devient une réalité, qui va peser sur le quotidien des médecins mais également sur les primes d’assurances-maladie, il est temps de repenser globalement la planification médicale de notre canton. (suite…)

La souffrance des soignants (édito de La Lettre de l’AMGe de mars 2019)

Des soignants en souffrance

Les journaux en ont fait leurs gros titres: les soignants crient au secours. Dans certains secteurs, de très nombreux soignants vont jusqu’à envisager d’abandonner leur profession. Le découragement est patent, bien que peu exhibé, et il interpelle à l’heure où les éloges semblent fleurir, la Suisse arrivant encore en tête des pays européens pour la qualité de ses soins. Tous les secteurs de la santé sont concernés, et les médecins n’y échappent pas. (suite…)

La claque (édito de La Lettre de l’AMGe de janvier-février 2019)

La Tribune de Genève, par ses gros titres, a parfaitement résumé la décision du Tribunal administratif fédéral (TAF) du 16 janvier 2019 concernant la planification hospitalière imposée depuis plusieurs années dans notre canton: «La justice balaie la politique hospitalière de Mauro Poggia» et encore «La justice claque Mauro Poggia». Tout est dit. Le protectionnisme étatique a volé en éclats. Les cliniques privées, sous l’impulsion de l’Hôpital de La Tour et de ses avocats, ont remporté plus qu’une victoire. (suite…)

Vaccination: le catimini du Département ou quand les médecins de famille sont ignorés (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2018)

Promouvoir la prévention et la couverture vaccinale, c’est parfait. Toutefois, la méthode appliquée est fourbe, inadéquate, voire absurde tant elle risque de décourager de potentiels vaccinés en faisant payer les malades chroniques et les retraités de leur poche.   (suite…)

Salaires des médecins: des conclusions erronées! (édito de La Lettre de l’AMGe de novembre 2018)

En début de semaine passée, l’opprobre a une fois de plus été jeté sur les salaires des médecins. Une étude menée sur vingt mille médecins, soit 65% d’entre eux en Suisse, se fondant sur leur déclaration AVS, fait montre de salaires annuels compris en moyenne entre 187 000 (pédopsychiatres) et 817 897 francs  (neurochirurgiens). Les articles relatant ces faits de conclure que c’est un scandale, ces montants allant renchérir les primes maladie.

Confusion entretenue

Ces conclusions sont hâtives et, de fait, erronées. Les montants pris en compte sont ceux de l’AVS, qui  comprennent non seulement les frais relatifs à la LAMal – soit ceux qui pèsent sur les primes maladie – mais aussi ceux relatifs aux patients privés, à la vente de médicaments et à d’autres revenus, comme par exemple des rentrées immobilières, qui n’ont aucune incidence sur les primes.
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Les primes sont-elles fixées par la bourse? (édito de La Lettre de l’AMGe d’octobre 2018)

La comparaison entre l’évolution des primes d’assurance-maladie au cours des dernières années et celle de la bourse pendant la même période laisse apparaitre une tendance explicite et saisissante. Vous trouverez ci-dessous les graphiques de l’évolution des primes et de la bourse depuis 20 ans. Les courbes se suivent avec un décalage toujours identique dans le temps. Des résultats boursiers favorables l’année précédente (comme l’an passé) entraînent une hausse des primes d’assurance-maladie moindre. Inversement, une mauvaise année boursière aboutit à une hausse des primes importante. Le cycle est perpétuel et est indépendant des assurés, des prestataires de soins ou des institutions. Il n’est lié qu’à la bourse. (suite…)

Secret médical: le temps de l’apaisement (édito de La Lettre de l’AMGe de septembre 2018)

Cinq années

Après cinq années de luttes, après deux projets de loi, le premier balayé en Commission et le second accepté par le Grand Conseil genevois le 4 février 2016, après une initiative lancée par notre association et soutenue par la population, c’est finalement le contre-projet proposé par la Commission judiciaire et de la police, qui a fait passer le texte de loi du code pénal à la loi sur la santé, que les députés du Grand Conseil ont plébiscité le 30 août 2018 (71 votes pour, 16 contre). Ce texte de loi est un compromis garantissant le secret médical pour tous dans le respect de nos valeurs fondamentales.

Remerciements

L’Association des médecins du canton de Genève remercie (suite…)

Communiquer et protéger (édito de La Lettre de l’AMGe de juillet-août 2018)

De nouvelles normes dans un monde en mouvement

A l’heure où Facebook (2 milliards d’utilisateurs) recule et peine à stopper les fuites de données, où Snapchat remplace progressivement les textos et séduit la jeunesse, où Instagram, qui appartient à Mark Zuckerberg comme Facebook, annonce son premier milliard d’utilisateurs actifs (plus d’un habitant de la planète sur huit), où Whatsapp remplit notre quotidien d’échanges et où la mise en vigueur du nouveau Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD) dès le 25 mai 2018 renforce le droit de chaque citoyen, la question des données privées n’a jamais été aussi centrale. Le citoyen suisse est également concerné par ce règlement. La RGPD permet à tout citoyen d’avoir des droits renforcés et surtout d’avoir accès à ses données personnelles, de les corriger, les supprimer et ou de les récupérer. Les données lui appartiennent. Les entreprises doivent, elles, obtenir un consentement explicite et surtout assurer une protection et une sécurité des données. Tout cela doit être documenté et protégé. Les entreprises doivent utiliser les données personnelles dans la plus grande transparence.

Entre prestataires de soins

La communication entre les médecins et autres prestataires de soins n’est ni standardisée, ni sécurisée actuellement et laisse une liberté du choix dans les messageries utilisées (Gmail, Yahoo, Bluewin, MSN,…) et rares sont les médecins qui se servent en tout temps d’une messagerie sécurisée (de type Health Info Net (HIN)). Le groupe des pédiatres genevois a depuis un certain temps opté pour un envoi de messages entre collègues et avec les HUG de façon sécurisée. Malheureusement, ils sont les seuls à ce jour à avoir cette stricte discipline. L’imad vient récemment de mettre en place une messagerie également basée sur HIN pour ses échanges internes. La prise de conscience doit être collective. Il est temps de mettre fin au carnet vert du patient où n’importe qui peut aller consulter les informations médicales qui y sont écrites et de véritablement aller vers une politique de protection des données. L’engluement du dossier médical dans sa phase de développement pousse les acteurs de la santé à rechercher ensemble des solutions pour mieux communiquer.

Des outils connectés

Les citoyens sont de plus en plus connectés via différents appareils (portables, montres, tablettes, …) et collectent une somme énorme de données personnelles. L’idée est de surveiller son état de santé et par exemple de bouger plus avec des outils comme le calcul du nombre de pas quotidien ou la dépense calorique. Innovations, gadgets ou utilisation scientifique, le marché de la collecte des données et de leur interprétation est en plein boom. Que l’on soit en pleine santé ou malade, les données affluent et viennent gonfler le nombre de données cumulées qui visent à offrir au client-patient une passerelle vers la médecine dite personnalisée ou individualisée. C’est une révolution, car elle impose de nouvelles normes, de nouveaux comportements et surtout un regard et une surveillance nouvelle de l’individu sur lui-même. Un égocentrisme qui devra être intégré dans nos consultations car les patients viendront de plus en plus avec des données ou des interprétations pseudo-scientifiques de leurs données personnelles. Les moyens et outils électroniques, connectés et dits intelligents, entreront dans le domicile des patients pour mesurer divers paramètres de soins, protéger des problèmes potentiels comme le risque de chute, alarmer en cas de danger immédiat ou simplement pour informer le malade et ses soignants. Ces nouveaux paramètres seront à prendre en compte et permettront une meilleure coordination des soins dans un souci d’interprofessionnalité renforcée.

L’AMGe active dans la recherche d’une solution commune et sécurisée

Dans ce monde en mouvement où les données seront de plus en plus nombreuses et devront être protégées et sécurisées, les hôpitaux universitaires romands annoncent la mort progressive des courriers-papier et des fax au profit d’une transmission électronique sécurisée. L’AMGe recherche actuellement une solution pérenne pour fournir à l’ensemble de ses membres une adresse électronique sécurisée dont la protection et la sécurité puissent être garanties par notre association. L’adresse de type «xyz@amge.ch» permettrait à tout membre de notre association de respecter les normes légales et surtout de pouvoir continuer à émettre, échanger et recevoir des documents confidentiels riches en données médicales sensibles. C’est ainsi que nos efforts d’aboutir à une solution d’ici cet automne vont de pair avec les décisions prises tant aux HUG qu’à l’imad. La communauté genevoise doit savoir que l’ensemble des données médicales seront, dans notre canton, dans des mains qui respectent hautement l’éthique et le droit de chaque citoyen à posséder un droit de regard et de contrôle sur ses propres données médicales dans le cadre légal imposé.

Dr Michel Matter

AMGe et imad: le patient au centre (édito de La Lettre de l’AMGe de juin 2018)

Le patient au centre

Dans la présentation de sa stratégie 2018/2022, appelée cap’139, l’imad (Institution genevoise de maintien à domicile) place en préambule que « le monde de la santé est fortement sujet à des tendances qui impactent durablement le futur des soins et du maintien à domicile ». Chaque acteur de la santé s’accorde à dire que les besoins en soins vont irrémédiablement s’accroître, que le vieillissement de la population et la complexification des soins doivent amener rapidement à une coordination améliorée de ceux-ci afin de répondre au mieux à une population âgée et dépendante. Cela implique tous les professionnels dans la recherche d’une véritable interprofessionnalité où les compétences et les responsabilités de chaque soignant ou aidant doivent être clairement définies et respectées. C’est dans ce sens que l’AMGe a décidé de renforcer son partenariat avec l’imad. L’objectif de ce rapprochement est de pouvoir offrir une continuité et une efficience de la prise en charge centrée sur le patient. Le cœur du système doit être le patient, c’est-à-dire l’humain. Toute réflexion et toute stratégie nouvelle doivent se faire à partir du patient. Ce partenariat privilégié doit servir de plateforme à un nouveau modèle d’organisation des soins englobant les autres partenaires afin de créer des équipes interprofessionnelles dédiées au patient.

Le médecin de famille en expert du long terme

«Bien plus que de s’occuper d’un problème de santé à un moment donné, le médecin de famille devient un expert du long terme, des cycles de vie et des transitions». Cette définition pleine de bon sens est parue dans l’éditorial de la Revue médicale suisse du 9 mai dernier. Cela entraîne de fait une capacité d’adaptation importante face aux nouveaux défis sociétaux dont le premier est le déclin fonctionnel de la personne âgée là où la complexité des soins devient une réalité et les phases de ruptures nombreuses. Comment arriver à maintenir le patient à domicile, comment évoluer dans une période qui voit une accélération du virage ambulatoire, comment travailler avec les autres professionnels et surtout comment pouvoir consacrer du temps à la coordination des soins ? L’allongement de l’espérance de vie, les besoins accrus de la population vieillissante et la place des proches aidants vont modifier la médecine de demain. Mais pour autant que les moyens financiers nécessaires lui soient attribués, ce qui manque cruellement actuellement.

Communiquer efficacement

A l’heure où Mon dossier médical est englué en pleine phase de développement, où le carnet vert du patient reste un élément central de sa prise en charge alors même que la confidentialité des données y est inexistante, c’est la volonté affichée par l’imad et l’AMGe de développer des moyens numériques simples de communication directe et sécurisée qui permettront la mise en commun rapide des informations relatives au patient, menant à son mieux-être. Cette volonté de rendre le système plus efficace et efficient est déterminante. Le numérique va entrer de plus en plus dans le domicile des patients, les données le concernant seront nombreuses et le partage des informations sera crucial dans la coordination facilitée des soins. Ces objets connectés devront apporter une plus-value dans la prise en charge en évitant d’être de simples gadgets dans la surveillance du patient et dans l’interaction à distance avec lui.

Tirer à la même corde

Plusieurs groupes de réflexion travaillent actuellement à Genève pour améliorer le quotidien des patients âgés et/ou dépendants (Groupe Urgences gériatriques, Groupe Alzheimer, Groupe de développement d’outils connectés installés au domicile du patient, …). Je tiens à remercier les Drs I. Bonada, D. Châtelain, J. Karsegard, N. Perone et Ph. Vandeplas pour le temps et l’énergie dont ils font preuve dans ces différents groupes de travail et leur volonté sans relâche d’œuvrer à améliorer la qualité de vie des patients en partenariat avec l’imad, les HUG et le Département de la santé.

Des moyens financiers

Rien ne pourra se faire sans argent. Les investissements d’aujourd’hui seront les garants d’une médecine de qualité et d’une prise en charge multidisciplinaire optimale. C’est aussi à la relève qu’il faut penser car c’est elle qui aura demain les clés de la santé. Cela signifie d’organiser une formation pré-graduée, post-graduée et continue dirigée vers ces nouveaux modèles de soins qui doivent et devront être soutenus politiquement et financièrement. Il est tellement vrai que les vents sont parfois contraires et deux exemples tout récents nous le rappellent: la limitation à trente minutes de coordination des soins par trimestre par patient dans le Tarmed de M. Berset et le fait que  la LAMal accorde dix minutes pour remplir un pilulier. Sachant que dès 3 substances, il peut y avoir des effets indésirables, et que nos clients en prennent en moyenne 8,5, il faut avoir le temps de leur parler… L’échange passe à la trappe, c’est une souffrance pour notre personnel.», comme le rappelle à juste titre Mme Marie Da Roxa, Directrice générale de l’imad.

Dr Michel Matter

L’interprofessionnalité : des synergies centrées sur le patient (édito de La Lettre de l’AMGe de mai 2018)

Le nombre de patients souffrant de maladies chroniques augmente en Suisse de façon fulgurante. La prise en charge, souvent à domicile, des patients âgés et polymorbides est complexe. De nombreux professionnels de la santé apportent aux patients leurs hautes compétences. Cette synergie des différents acteurs de la santé autour du patient permet une amélioration évidente de la qualité des soins. L’Observatoire de la santé a, en 2015, estimé que ce groupe de patients engendre près de 80% des coûts de la santé.

Le 22 janvier 2018, la FMH a rejoint la Plateforme Interprofessionnalité dans les soins de santé primaires lors de son assemblée constitutive. C’est un important pas en avant et un signal fort. Il est essentiel que les différentes organisations professionnelles actives dans le domaine de la santé s’engagent pour promouvoir des soins interprofessionnels complets et de haute qualité. L’intérêt des patients et de la population est primordial. Les notions de collaboration, de coordination, de gestion et de développement des compétences de chaque organisation se devaient d’être rassemblées au sein d’une même entité qui puisse assurer une mise en réseau active des différents groupes professionnels impliqués. Cette action proactive dans les soins de santé primaires de la part de la FMH marque sa volonté affichée d’être un acteur dans cette approche novatrice.

Le travail en équipe, ce sont des échanges et une compréhension renforcée du travail des autres professionnels de la santé. Le but recherché est une amélioration de la coordination des soins et le partage de l’information et des données essentielles lors de la prise en charge en continu et intégrée par les différents professionnels de la santé. Des outils informatiques commencent à être mis en place comme par exemple à Genève grâce au travail de la Fondation Prism, le plan de soins partagé (PSP) et le plan de médication partagé (PMP), véritable interopérabilité, tout cela en protégeant la confidentialité des données. Les barrières et les clivages entre professions de la santé vont petit à petit disparaître pour laisser la place à un véritable travail en commun basé sur des synergies nouvelles et potentialisées. Ce réseau de communication et d’interaction permettra une amélioration de la qualité des soins. Bien évidemment le respect des compétences respectives des acteurs de la santé, dans un cadre éthique défini, le rôle de chaque intervenant et la notion fondamentale de la responsabilité doivent être clairement établis.

Le patient doit être également un acteur dans la prise en charge de ses propres soins et cela dans un rapport de confiance grandement amélioré grâce à la présence des différents intervenants qui sauront chacun lui apporter leurs conseils professionnels. Il est temps de soutenir pleinement des projets novateurs de collaborations interprofessionnelles, mais également tout le pendant de la formation et de l’enseignement. Ces projets devront être suivis et analysés. Ainsi, la connaissance concrète de l’interprofessionnalité à travers des expériences diverses sur le terrain et centrées sur le patient polymorbide est capitale dans la prise en charge des besoins médicaux, psychologiques et sociaux de ces patients.

Alors que l’on parle de plus en plus des coûts de la santé, on peut se rendre compte que l’interprofessionnalité est une chance. Reste à trouver une volonté politique forte dans la recherche d’un modèle de financement qui puisse soutenir les équipes en soins coordonnés. La fragmentation des soins doit être combattue car elle implique des coûts élevés et une qualité des soins diminuée.

Dr Michel Matter

Bulletin des médecins suisses du 7 février 2018