Vaccination: le catimini du Département ou quand les médecins de famille sont ignorés (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2018)

Promouvoir la prévention et la couverture vaccinale, c’est parfait. Toutefois, la méthode appliquée est fourbe, inadéquate, voire absurde tant elle risque de décourager de potentiels vaccinés en faisant payer les malades chroniques et les retraités de leur poche.   (suite…)

Salaires des médecins: des conclusions erronées! (édito de La Lettre de l’AMGe de novembre 2018)

En début de semaine passée, l’opprobre a une fois de plus été jeté sur les salaires des médecins. Une étude menée sur vingt mille médecins, soit 65% d’entre eux en Suisse, se fondant sur leur déclaration AVS, fait montre de salaires annuels compris en moyenne entre 187 000 (pédopsychiatres) et 817 897 francs  (neurochirurgiens). Les articles relatant ces faits de conclure que c’est un scandale, ces montants allant renchérir les primes maladie.

Confusion entretenue

Ces conclusions sont hâtives et, de fait, erronées. Les montants pris en compte sont ceux de l’AVS, qui  comprennent non seulement les frais relatifs à la LAMal – soit ceux qui pèsent sur les primes maladie – mais aussi ceux relatifs aux patients privés, à la vente de médicaments et à d’autres revenus, comme par exemple des rentrées immobilières, qui n’ont aucune incidence sur les primes.
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Les primes sont-elles fixées par la bourse? (édito de La Lettre de l’AMGe d’octobre 2018)

La comparaison entre l’évolution des primes d’assurance-maladie au cours des dernières années et celle de la bourse pendant la même période laisse apparaitre une tendance explicite et saisissante. Vous trouverez ci-dessous les graphiques de l’évolution des primes et de la bourse depuis 20 ans. Les courbes se suivent avec un décalage toujours identique dans le temps. Des résultats boursiers favorables l’année précédente (comme l’an passé) entraînent une hausse des primes d’assurance-maladie moindre. Inversement, une mauvaise année boursière aboutit à une hausse des primes importante. Le cycle est perpétuel et est indépendant des assurés, des prestataires de soins ou des institutions. Il n’est lié qu’à la bourse. (suite…)

Secret médical: le temps de l’apaisement (édito de La Lettre de l’AMGe de septembre 2018)

Cinq années

Après cinq années de luttes, après deux projets de loi, le premier balayé en Commission et le second accepté par le Grand Conseil genevois le 4 février 2016, après une initiative lancée par notre association et soutenue par la population, c’est finalement le contre-projet proposé par la Commission judiciaire et de la police, qui a fait passer le texte de loi du code pénal à la loi sur la santé, que les députés du Grand Conseil ont plébiscité le 30 août 2018 (71 votes pour, 16 contre). Ce texte de loi est un compromis garantissant le secret médical pour tous dans le respect de nos valeurs fondamentales.

Remerciements

L’Association des médecins du canton de Genève remercie (suite…)

Communiquer et protéger (édito de La Lettre de l’AMGe de juillet-août 2018)

De nouvelles normes dans un monde en mouvement

A l’heure où Facebook (2 milliards d’utilisateurs) recule et peine à stopper les fuites de données, où Snapchat remplace progressivement les textos et séduit la jeunesse, où Instagram, qui appartient à Mark Zuckerberg comme Facebook, annonce son premier milliard d’utilisateurs actifs (plus d’un habitant de la planète sur huit), où Whatsapp remplit notre quotidien d’échanges et où la mise en vigueur du nouveau Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD) dès le 25 mai 2018 renforce le droit de chaque citoyen, la question des données privées n’a jamais été aussi centrale. Le citoyen suisse est également concerné par ce règlement. La RGPD permet à tout citoyen d’avoir des droits renforcés et surtout d’avoir accès à ses données personnelles, de les corriger, les supprimer et ou de les récupérer. Les données lui appartiennent. Les entreprises doivent, elles, obtenir un consentement explicite et surtout assurer une protection et une sécurité des données. Tout cela doit être documenté et protégé. Les entreprises doivent utiliser les données personnelles dans la plus grande transparence.

Entre prestataires de soins

La communication entre les médecins et autres prestataires de soins n’est ni standardisée, ni sécurisée actuellement et laisse une liberté du choix dans les messageries utilisées (Gmail, Yahoo, Bluewin, MSN,…) et rares sont les médecins qui se servent en tout temps d’une messagerie sécurisée (de type Health Info Net (HIN)). Le groupe des pédiatres genevois a depuis un certain temps opté pour un envoi de messages entre collègues et avec les HUG de façon sécurisée. Malheureusement, ils sont les seuls à ce jour à avoir cette stricte discipline. L’imad vient récemment de mettre en place une messagerie également basée sur HIN pour ses échanges internes. La prise de conscience doit être collective. Il est temps de mettre fin au carnet vert du patient où n’importe qui peut aller consulter les informations médicales qui y sont écrites et de véritablement aller vers une politique de protection des données. L’engluement du dossier médical dans sa phase de développement pousse les acteurs de la santé à rechercher ensemble des solutions pour mieux communiquer.

Des outils connectés

Les citoyens sont de plus en plus connectés via différents appareils (portables, montres, tablettes, …) et collectent une somme énorme de données personnelles. L’idée est de surveiller son état de santé et par exemple de bouger plus avec des outils comme le calcul du nombre de pas quotidien ou la dépense calorique. Innovations, gadgets ou utilisation scientifique, le marché de la collecte des données et de leur interprétation est en plein boom. Que l’on soit en pleine santé ou malade, les données affluent et viennent gonfler le nombre de données cumulées qui visent à offrir au client-patient une passerelle vers la médecine dite personnalisée ou individualisée. C’est une révolution, car elle impose de nouvelles normes, de nouveaux comportements et surtout un regard et une surveillance nouvelle de l’individu sur lui-même. Un égocentrisme qui devra être intégré dans nos consultations car les patients viendront de plus en plus avec des données ou des interprétations pseudo-scientifiques de leurs données personnelles. Les moyens et outils électroniques, connectés et dits intelligents, entreront dans le domicile des patients pour mesurer divers paramètres de soins, protéger des problèmes potentiels comme le risque de chute, alarmer en cas de danger immédiat ou simplement pour informer le malade et ses soignants. Ces nouveaux paramètres seront à prendre en compte et permettront une meilleure coordination des soins dans un souci d’interprofessionnalité renforcée.

L’AMGe active dans la recherche d’une solution commune et sécurisée

Dans ce monde en mouvement où les données seront de plus en plus nombreuses et devront être protégées et sécurisées, les hôpitaux universitaires romands annoncent la mort progressive des courriers-papier et des fax au profit d’une transmission électronique sécurisée. L’AMGe recherche actuellement une solution pérenne pour fournir à l’ensemble de ses membres une adresse électronique sécurisée dont la protection et la sécurité puissent être garanties par notre association. L’adresse de type «xyz@amge.ch» permettrait à tout membre de notre association de respecter les normes légales et surtout de pouvoir continuer à émettre, échanger et recevoir des documents confidentiels riches en données médicales sensibles. C’est ainsi que nos efforts d’aboutir à une solution d’ici cet automne vont de pair avec les décisions prises tant aux HUG qu’à l’imad. La communauté genevoise doit savoir que l’ensemble des données médicales seront, dans notre canton, dans des mains qui respectent hautement l’éthique et le droit de chaque citoyen à posséder un droit de regard et de contrôle sur ses propres données médicales dans le cadre légal imposé.

Dr Michel Matter

AMGe et imad: le patient au centre (édito de La Lettre de l’AMGe de juin 2018)

Le patient au centre

Dans la présentation de sa stratégie 2018/2022, appelée cap’139, l’imad (Institution genevoise de maintien à domicile) place en préambule que « le monde de la santé est fortement sujet à des tendances qui impactent durablement le futur des soins et du maintien à domicile ». Chaque acteur de la santé s’accorde à dire que les besoins en soins vont irrémédiablement s’accroître, que le vieillissement de la population et la complexification des soins doivent amener rapidement à une coordination améliorée de ceux-ci afin de répondre au mieux à une population âgée et dépendante. Cela implique tous les professionnels dans la recherche d’une véritable interprofessionnalité où les compétences et les responsabilités de chaque soignant ou aidant doivent être clairement définies et respectées. C’est dans ce sens que l’AMGe a décidé de renforcer son partenariat avec l’imad. L’objectif de ce rapprochement est de pouvoir offrir une continuité et une efficience de la prise en charge centrée sur le patient. Le cœur du système doit être le patient, c’est-à-dire l’humain. Toute réflexion et toute stratégie nouvelle doivent se faire à partir du patient. Ce partenariat privilégié doit servir de plateforme à un nouveau modèle d’organisation des soins englobant les autres partenaires afin de créer des équipes interprofessionnelles dédiées au patient.

Le médecin de famille en expert du long terme

«Bien plus que de s’occuper d’un problème de santé à un moment donné, le médecin de famille devient un expert du long terme, des cycles de vie et des transitions». Cette définition pleine de bon sens est parue dans l’éditorial de la Revue médicale suisse du 9 mai dernier. Cela entraîne de fait une capacité d’adaptation importante face aux nouveaux défis sociétaux dont le premier est le déclin fonctionnel de la personne âgée là où la complexité des soins devient une réalité et les phases de ruptures nombreuses. Comment arriver à maintenir le patient à domicile, comment évoluer dans une période qui voit une accélération du virage ambulatoire, comment travailler avec les autres professionnels et surtout comment pouvoir consacrer du temps à la coordination des soins ? L’allongement de l’espérance de vie, les besoins accrus de la population vieillissante et la place des proches aidants vont modifier la médecine de demain. Mais pour autant que les moyens financiers nécessaires lui soient attribués, ce qui manque cruellement actuellement.

Communiquer efficacement

A l’heure où Mon dossier médical est englué en pleine phase de développement, où le carnet vert du patient reste un élément central de sa prise en charge alors même que la confidentialité des données y est inexistante, c’est la volonté affichée par l’imad et l’AMGe de développer des moyens numériques simples de communication directe et sécurisée qui permettront la mise en commun rapide des informations relatives au patient, menant à son mieux-être. Cette volonté de rendre le système plus efficace et efficient est déterminante. Le numérique va entrer de plus en plus dans le domicile des patients, les données le concernant seront nombreuses et le partage des informations sera crucial dans la coordination facilitée des soins. Ces objets connectés devront apporter une plus-value dans la prise en charge en évitant d’être de simples gadgets dans la surveillance du patient et dans l’interaction à distance avec lui.

Tirer à la même corde

Plusieurs groupes de réflexion travaillent actuellement à Genève pour améliorer le quotidien des patients âgés et/ou dépendants (Groupe Urgences gériatriques, Groupe Alzheimer, Groupe de développement d’outils connectés installés au domicile du patient, …). Je tiens à remercier les Drs I. Bonada, D. Châtelain, J. Karsegard, N. Perone et Ph. Vandeplas pour le temps et l’énergie dont ils font preuve dans ces différents groupes de travail et leur volonté sans relâche d’œuvrer à améliorer la qualité de vie des patients en partenariat avec l’imad, les HUG et le Département de la santé.

Des moyens financiers

Rien ne pourra se faire sans argent. Les investissements d’aujourd’hui seront les garants d’une médecine de qualité et d’une prise en charge multidisciplinaire optimale. C’est aussi à la relève qu’il faut penser car c’est elle qui aura demain les clés de la santé. Cela signifie d’organiser une formation pré-graduée, post-graduée et continue dirigée vers ces nouveaux modèles de soins qui doivent et devront être soutenus politiquement et financièrement. Il est tellement vrai que les vents sont parfois contraires et deux exemples tout récents nous le rappellent: la limitation à trente minutes de coordination des soins par trimestre par patient dans le Tarmed de M. Berset et le fait que  la LAMal accorde dix minutes pour remplir un pilulier. Sachant que dès 3 substances, il peut y avoir des effets indésirables, et que nos clients en prennent en moyenne 8,5, il faut avoir le temps de leur parler… L’échange passe à la trappe, c’est une souffrance pour notre personnel.», comme le rappelle à juste titre Mme Marie Da Roxa, Directrice générale de l’imad.

Dr Michel Matter

L’interprofessionnalité : des synergies centrées sur le patient (édito de La Lettre de l’AMGe de mai 2018)

Le nombre de patients souffrant de maladies chroniques augmente en Suisse de façon fulgurante. La prise en charge, souvent à domicile, des patients âgés et polymorbides est complexe. De nombreux professionnels de la santé apportent aux patients leurs hautes compétences. Cette synergie des différents acteurs de la santé autour du patient permet une amélioration évidente de la qualité des soins. L’Observatoire de la santé a, en 2015, estimé que ce groupe de patients engendre près de 80% des coûts de la santé.

Le 22 janvier 2018, la FMH a rejoint la Plateforme Interprofessionnalité dans les soins de santé primaires lors de son assemblée constitutive. C’est un important pas en avant et un signal fort. Il est essentiel que les différentes organisations professionnelles actives dans le domaine de la santé s’engagent pour promouvoir des soins interprofessionnels complets et de haute qualité. L’intérêt des patients et de la population est primordial. Les notions de collaboration, de coordination, de gestion et de développement des compétences de chaque organisation se devaient d’être rassemblées au sein d’une même entité qui puisse assurer une mise en réseau active des différents groupes professionnels impliqués. Cette action proactive dans les soins de santé primaires de la part de la FMH marque sa volonté affichée d’être un acteur dans cette approche novatrice.

Le travail en équipe, ce sont des échanges et une compréhension renforcée du travail des autres professionnels de la santé. Le but recherché est une amélioration de la coordination des soins et le partage de l’information et des données essentielles lors de la prise en charge en continu et intégrée par les différents professionnels de la santé. Des outils informatiques commencent à être mis en place comme par exemple à Genève grâce au travail de la Fondation Prism, le plan de soins partagé (PSP) et le plan de médication partagé (PMP), véritable interopérabilité, tout cela en protégeant la confidentialité des données. Les barrières et les clivages entre professions de la santé vont petit à petit disparaître pour laisser la place à un véritable travail en commun basé sur des synergies nouvelles et potentialisées. Ce réseau de communication et d’interaction permettra une amélioration de la qualité des soins. Bien évidemment le respect des compétences respectives des acteurs de la santé, dans un cadre éthique défini, le rôle de chaque intervenant et la notion fondamentale de la responsabilité doivent être clairement établis.

Le patient doit être également un acteur dans la prise en charge de ses propres soins et cela dans un rapport de confiance grandement amélioré grâce à la présence des différents intervenants qui sauront chacun lui apporter leurs conseils professionnels. Il est temps de soutenir pleinement des projets novateurs de collaborations interprofessionnelles, mais également tout le pendant de la formation et de l’enseignement. Ces projets devront être suivis et analysés. Ainsi, la connaissance concrète de l’interprofessionnalité à travers des expériences diverses sur le terrain et centrées sur le patient polymorbide est capitale dans la prise en charge des besoins médicaux, psychologiques et sociaux de ces patients.

Alors que l’on parle de plus en plus des coûts de la santé, on peut se rendre compte que l’interprofessionnalité est une chance. Reste à trouver une volonté politique forte dans la recherche d’un modèle de financement qui puisse soutenir les équipes en soins coordonnés. La fragmentation des soins doit être combattue car elle implique des coûts élevés et une qualité des soins diminuée.

Dr Michel Matter

Bulletin des médecins suisses du 7 février 2018

Impardonnable (édito de La Lettre de l’AMGe de mars 2018)

Pyromane

M. Poggia, tel un pyromane récidiviste, a mis le feu aux poudres et déclenché une tempête médiatique. On peut se demander quelle mouche l’a piqué en ce lundi matin 29 janvier 2018. Au-delà du million évoqué – écho à une sortie médiatique quasi identique le 11 septembre 2016 dans le Matin Dimanche – l’affirmation que pour un médecin «si on ne gagne pas un million, alors on a raté sa carrière» porte le sceau de la honte et de la stigmatisation. Les médecins genevois gagnent 170’000.- par année (médiane du revenu AVS déclaré en 2015, chiffres fournis par la Fédération des Entreprises Romandes Genève) et ont déjà accepté sans broncher deux dévalorisations en vingt ans, sans autre indexation. Jeter l’opprobre sur une profession est simple lorsque l’on est un politicien, mais meurtrir l’autre est un choix. Les cicatrices restent visibles et cela à long terme. En tant que médecins, nous le savons fort bien.

Bouc émissaire

Entendre dans la même journée MM Poggia, Maillard et Berset s’en prendre l’un après l’autre au salaire des médecins et jeter en pâture la profession médicale à des journalistes affamés de sensationnel en oubliant rapidement le fond et la complexité du problème des coûts de la santé, n’est pas le fait du hasard. Il faut un coupable pour pallier l’absence de résultat politique: le médecin dans le rôle du bouc émissaire actuel. C’est la volonté étatique de mainmise totale sur le système de la santé qui meut ces politiciens en charge du dossier.  Concernant les deux magistrats romands, leur volonté d’une médecine purement étatique est criante. L’absence de respect de la loi appelée Nouveau financement hospitalier qui, depuis l’introduction des DRG, demande une véritable planification hospitalière où chaque acteur a sa place et où le patient a véritablement le choix de l’établissement de soins, est évidente. Nous l’avons déjà dit et écrit (La Lettre de l’AMGe de décembre 2014, Swiss DRG : l’esprit du législateur, Drs Lironi et Matter). C’est aussi la manne étatique, paiement directement versé par l’impôt (dont les prestations d’intérêt général), dans les hôpitaux publiques romands qui dans le même temps dérange alors que celle-ci a drastiquement chuté en Suisse allemande depuis l’introduction des DRG en 2012 (+43% dans le canton de Vaud entre 2010 et 2015 alors qu’à Berne, Zurich et Bâle la baisse était, pour les mêmes années, de 44% pour Berne et de 72% pour Zurich et une manne d’environ 900 millions de francs pour les institutions universitaires genevoises alors qu’elle était en 2015 cinq fois moins élevée pour Zurich). Le médecin libéral n’est qu’un empêcheur de tourner en rond qu’il faut serviliser. Les médecins sont difficiles à soumettre, mais restent un bouc émissaire de choix.

Faute professionnelle

La récente couverture de la Weltwoche (Weltwoche Nr. 08.18) est cinglante: «Bersets Kunstfehler» (la faute professionnelle d’Alain Berset). C’est en ces termes que le journal décrit l’introduction de la révision du tarif médical voulue par Alain Berset. Dans l’article, on peut y lire une communication interne du service juridique de l’Office fédéral de la santé publique datée du 11 septembre 2017 où il est écrit: «…. sauf la réserve générale que nous ne sommes pas en mesure d’évaluer substantiellement si les modifications prévues respectent l’exigence légale de conformité aux exigences de l’économie d’entreprise et permettent vraiment d’aboutir à une structure tarifaire plus appropriée.». Le passage en force du Conseiller fédéral malgré les réticences de ses juristes est évident. Le même Alain Berset qui lors du 19.30 de la RTS du 29 janvier 2018, au soir de la journée consacrée aux 38 mesures proposées par un panel d’experts pour juguler les coûts de la santé (Mesures visant à freiner la hausse des coûts dans l’assurance obligatoire des soins), confond (volontairement?) chiffre d’affaires, revenu net, assurance de base et complémentaires, LAMal et assurances privées, alors qu’il est économiste de formation, en charge du Département de l’Intérieur depuis 2012 et Président de la Confédération suisse montre sa farouche volonté de broyer du docteur. On jette le discrédit sur la profession médicale et on oublie que le rapport du groupe d’experts débute par: «La commission d’experts peine à comprendre pourquoi les réformes correspondantes traînent depuis tant d’années et ne voit pas comment qualifier la situation autrement que d’échec systématique». Edifiant.

Des solutions

Dans une société où le citoyen vit de plus en plus âgé, où il vit de mieux en mieux, où il est de plus en plus exigeant, où la coordination des soins est l’évidence, où l’innovation et le progrès médical sont constants, où les thérapies vont devenir de plus en plus onéreuses, nous ne pourrons échapper à un financement uniforme des soins entre l’ambulatoire et l’hospitalier, les économistes de la santé trancheront sur le pourcentage idéal. C’est le seul moyen de promouvoir la médecine et la chirurgie ambulatoire sans faire exploser les primes d’assurances maladie. L’autre moyen est le co-financement par l’Etat et les assureurs de secteurs entiers de l’ambulatoire comme le maintien à domicile, la coordination des soins ou tout secteur où les progrès médicaux sont véritables et bénéfiques. La participation des cliniques privées via les DRG est un exemple de coopération que l’Etat doit cesser de brider (politique de quotas). Il faut parallèlement que chaque acteur de la santé, hôpitaux publics, cliniques privées, médecins, pharmas, patients, cantons et industries, prenne et assume ses responsabilités afin d’optimaliser la prise en charge des patients. Enfin, la transparence doit être là pour tous, médecins y compris. Nous allons dans ce sens avec la récolte anonymisée des factures émises (boîte de réception AMGe des données) et des charges (étude ROKO). Posséder les chiffres réels, directement à la source, permet de démentir ce qui est dit ou écrit. Il est évident que nous ne pouvons accepter des tarifs qui ne couvrent pas nos charges comme l’ont si bien démontré nos collègues qui ont dit stop à certains gestes ambulatoires. C’est une décision politique qui a entraîné cette démarche du moratoire.

Ensemble, c’est fort

Le 2 février 2018, l’AMGe a organisé une conférence de presse où étaient présents les Présidents des groupes de gynécologie et obstétrique, d’orthopédie, de chirurgie de la main, de chirurgie générale et des Médecins de famille Genève. Nous avons montré aux médias notre unité. Cette unité du corps médical genevois sera encore plus forte au cours des prochaines semaines et nous démontrerons notre détermination et notre volonté de défendre une médecine de qualité, dans le respect de nos formations médicales et chirurgicales et nous lutterons contre toute forme de rationnement des soins à la population et contre tout budget global imposé. Car, n’en doutez pas, l’enjeu majeur est là: le transfert du politique vers les assureurs et les médecins, du rationnement annoncé des soins. Opération mains blanches pour nos politiciens sur le dos des assureurs, des médecins et de la population. Le peuple souverain saura dire NON devant les urnes s’il le faut.

Je termine mon propos par l’extrait d’un article consacré à notre collègue Denis Spahni, médecin généraliste, paru dans Le Temps il y a huit ans où il était écrit: «J’adore mon métier, bien qu’on veuille m’en lasser.» et plus loin: «Je suis convaincu que les politiciens se mentent à eux-mêmes et mentent aux citoyens quand ils affirment vouloir encore baisser le prix des prestations tout en maintenant la qualité.». Les temps n’ont pas changé.

Dr Michel Matter
Président de l’AMGe

Enquête RoKo: des chiffres indispensables (édito de La Lettre de l’AMGe de janvier-février 2018)

Au début du mois de janvier 2018, le nouveau TARMED entre en vigueur et crée d’importantes incertitudes pour les médecins en matière de suivi des patients. L’AMGe a, pour sa part, lancé l’enquête «RoKo» pour défendre ses membres.

Alors que la standardisation de la durée de la consultation de base et les limitations de temps font couler beaucoup d’encre, que les interrogations sont nombreuses sur les possibilités de pouvoir suivre de façon optimale le patient en son absence, dans le sens d’une meilleure coordination des soins, et que la rémunération inacceptable d’actes chirurgicaux pousse des groupes entiers de spécialistes à renoncer à certaines interventions en ambulatoire, ce sont d’autres chiffres qui sont demandés à l’ensemble des membres de notre association. Ceux portant sur la part économique de l’activité des médecins en pratique privée.

L’enquête RoKo est sollicitée par le Conseil de l’AMGe dans le seul but de connaître, de manière anonyme, les coûts d’exploitation annuels des cabinets médicaux dans le canton de Genève. En 2014, le Tribunal administratif fédéral a confirmé la valeur du point tarifaire cantonal fixé par le Conseil d’Etat à 0.96. Cette valeur est à ce jour toujours inchangée. Notre défense à l’époque était basée principalement sur les chiffres transmis par environ 800 collègues genevois inscrits au Trust center de Ctésias. Toutefois, selon la jurisprudence récente, de tels chiffres ne sont plus suffisants pour démontrer que la valeur de point tarifaire demandée par l’ensemble des membres de la communauté tarifaire correspond effectivement à la réalité de la situation dans notre canton.

Un premier effort a été demandé par le Conseil de notre association et avalisé par l’Assemblée générale sous la forme de la Boîte de réception de l’AMGe. Celle-ci permet à l’AMGe de récolter, de manière anonyme, l’ensemble des factures émises par les membres. Le nombre de membres qui participent à la Boîte de réception de l’AMGe progresse de manière régulière, de sorte que chaque mois nous pouvons consolider toujours plus les chiffres. La Boîte de réception de l’AMGe nous permet de déterminer le volume facturé par les médecins pour les consultations et les actes effectués en ambulatoire. Ces chiffres sont décisifs pour la défense de la valeur du point tarifaire.  Il est essentiel de remercier l’ensemble des membres et les institutions, qui ont compris l’importance de ces données traitées confidentiellement et qui participent à la récolte des factures émises.

Aujourd’hui, un second effort est demandé aux membres de l’AMGe, à savoir de remplir l’enquête RoKo. Celle-ci permet de connaître les coûts et les charges des cabinets genevois. Cette enquête est effectuée dans tous les cantons suisses. A souligner que, dans certains d’entre-eux, une obligation de participation a été imposée aux médecins et qu’en cas de refus de transmission de leurs données, les médecins sont sanctionnés par une amende. L’utilisation de la sanction n’est pas l’attitude décidée par le Conseil de l’AMGe, qui a souhaité encourager les membres à remplir le questionnaire sur une base volontaire, dans une attitude positive et après avoir reçu des explications claires. Cette enquête est voulue par les sociétés cantonales de médecine en collaboration avec la Caisse des médecins. Ces données, qui sont confidentielles, sont dès lors protégées et traitées de manière anonymisée. Elles restent uniquement dans les mains des médecins. Le seul but de l’enquête RoKo est la propre défense des médecins.

Il ne faut pas confondre MARS et RoKo. Le questionnaire MARS, soit l’étude des Modules Ambulatoires des Relevés sur la Santé (MARS), découle d’une obligation légale inscrite dans la LAMal. La loi exige que les prestataires des soins fournissent leurs chiffres pour évaluer statistiquement les soins de santé ambulatoires. En 2017, les médecins ont dû transmettre, pour la première fois, leurs chiffres à l’Office fédéral de la statistique (OFS) en remplissant le questionnaire MAS (dénommé MAS et non MARS car il s’agissait d’un premier test pour le futur questionnaire MARS, qui lui sera transmis à l’Office fédéral de la santé publique – OFSP). Les interrogations concernant la qualité des réponses et leurs valeurs statistiques sont importantes. Ce dossier sera attentivement suivi tant au sein de l’AMGe que par la FMH et la SMSR afin d’être sûr de l’utilisation adéquate des données. En revanche, l’enquête RoKo n’est pas une obligation légale imposée par une autorité fédérale. Il s’agit au contraire d’une décision des sociétés cantonales de médecine, qui a pour seul objectif de défendre les médecins.

Les données demandées se distinguent donc par leur finalité.  L’enquête RoKo a pour objectif de nous aider pour défendre la valeur économique réelle de notre travail. Elle est dans l’intérêt des médecins en pratique privée car elle seule permet de connaître les coûts annuels supportés par les médecins. Ces coûts sont demandés par les Tribunaux en complément du volume des prestations facturé. Un grand merci à l’ensemble des collègues qui joueront le jeu et contribueront ainsi à obtenir des données de qualité pour la défense de la valeur du point tarifaire sur Genève.

Michel Matter

L’Indépendance financière du médecin, garant de la qualité des soins (édito de La Lettre de l’AMGe de décembre 2017)

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

L’évolution du monde de la santé de ces dernières années a pour cible, de manière plus ou moins frontale, l’indépendance financière des médecins

Alors que la LAMal avait déjà donné aux assureurs en 1996 les clés du contrôle de notre facturation, la mise en place en 2004 du Tarmed, tarif de plus en plus régi par le rationnement du temps accordé aux patients, a sonné le glas de la souplesse de nos prises en charge qu’imposerait pourtant tout rapport humain. Et les propositions parlementaires actuelles (budget global annuel imposé, fin de l’obligation de contracter, nouvelles moutures de réseau obligatoire, interdiction aux jeunes médecins de s’installer dans les deux ans qui suivent la fin de leur formation postgrade, etc.) vont toutes dans le sens d’une volonté manifeste de confiscation de notre liberté de travail. Nos «partenaires» ont bien compris les enjeux de cette mainmise sur notre pratique médicale et cherchent donc à limiter nos possibilités de choix, y compris thérapeutiques. Les assureurs voudraient que ne soient remboursés que les médecins (soit-disant) les meilleurs marchés. L’Etat voudrait contrôler nos salaires même dans les hôpitaux privés (Vaud) ou tente de mettre en place des DRG privés (forfaits par pathologie) pour les patients privés dans les hôpitaux publics (Genève). Certains groupes médicaux surveillent leurs membres et leur imposent, par exemple, les traitements applicables. Quant aux cliniques privées, elles tentent de salarier leurs médecins, pour ne citer que quelques exemples survenus récemment.

Sera-t-il alors encore possible de conserver un cabinet solitaire «à la grand papa»? Conséquence, entre autres, des manœuvres évoquées ci-dessus, ce modèle est battu en brèche et il semblerait (sous pression mise par les diktats de cette «grand messe»?) qu’une partie de la jeune génération n’en veut plus. Cette dernière ne doit cependant pas oublier que celui qui possède le contrôle financier a les cartes en main et qu’un salarié a beaucoup plus de peine à faire entendre sa voix et ce, dans tous les domaines de sa pratique professionnelle. Le médecin est et doit rester le défenseur de la santé du patient au moyen d’une médecine de qualité. Cette notion est actuellement galvaudée et chacun l’utilise et en abuse selon ses propres critères, en voulant se l’approprier pour imposer ses vues et ses intérêts. Si la définition et l’application de cette qualité devaient tomber sous l’égide exclusive d’un de nos «partenaires», les patients en seront gravement lésés.

Notre profession «libérale» est attaquée par ceux qui devraient la défendre, un comble! Garder notre indépendance financière reste le garant de notre liberté individuelle, mais surtout thérapeutique. La mise sous tutelle systématique des médecins suisses, y compris financière, voulue par toutes les dernières mesures politiques prises et prévues, ne conduira sûrement pas à l’amélioration de la qualité des soins et n’amènera probablement aucune diminution de la hausse des primes. Les autres «acteurs» du système de santé y trouveront par contre un bénéfice certain.

Dr Didier Châtelain
Dr Alain Lironi
Membres du Bureau de l’AMGe